French President Francois Hollande is welcomed by Malian President Ibrahim Boubacar Keita as part of his inauguration at Bamako airport, Mali on September 19, 2013. /SIPA_sipa.005/Credit:GOUHIER-POOL/SIPA/SIPA/1309200933

[Africa Diligence] Pour l’écrivain et journaliste Antoine Glaser, les seuls groupes français qui survivent plutôt bien sur le grand marché africain sont « ceux dirigés par des pater familias à l’africaine : Vincent Bolloré, Martin Bouygues ou Pierre Castel. Pour une raison simple : ils connaissent aussi bien les décideurs africains les plus influents que les cercles du pouvoir en France ». Un décryptage confirmé et documenté par les analystes de Knowdys Consulting Group.

C’est un vrai livre coup de poing. Dans son dernier ouvrage : « Arrogant comme un Français en Afrique » (paru chez Fayard le 14 mars), le journaliste et écrivain français, Antoine Glaser, étrille les us et coutumes des décideurs politiques et économiques français sur le continent noir. « Aujourd’hui, la France se réveille avec la gueule de bois. Elle pensait avoir profondément marqué l’Afrique de son empreinte civilisatrice. Elle réalise que, pendant tout ce temps, elle n’a représenté que le sucre du mille-feuille africain », lâche en préambule ce fin connaisseur du continent qui a fondé et dirigé durant 26 ans La lettre du Continent, consacrée à l’Afrique.

Et le procureur Glaser ne s’arrête pas là. Présidents de la République, ministres, diplomates, chefs d’entreprises, militaires, tout le monde en prend pour son grade. Le constat est implacable : la France a perdu la place qui était la sienne sur le continent au profit de la Chine (surtout !) mais aussi de l’Inde (en pointe sur l’automobile), de la Turquie (très présente sur le BTP), du Japon, … A l’appui de sa démonstration, Antoine Glaser cite les différents rapports publiés sur le sujet. Il rappelle l’effondrement des parts de marché des entreprises françaises en Afrique, qui sont passées de 16% en 2000 à moins de 10% en 2010, tandis que celles de la Chine grimpaient de 4 à 16% sur la même période. « Symbole de ce changement d’époque : l’un des derniers comptoirs français, la CFAO (Compagnie française de l’Afrique occidentale), a été repris en 2012 par le groupe japonais Toyota », souligne l’auteur.

La charge la plus puissante concerne probablement nos hommes d’affaires. « Quand ils ont vu que des concurrents commençaient à planter des banderilles, les entrepreneurs français ont cru qu’ils resteraient incontournables. Grossière erreur. Leurs parts de marché s’effondrent dans le secteur du BTP, fleuron de l’industrie française sur le continent, qui « passe à l’ennemi » (principalement asiatique : Chine, Corée du Sud, Inde…), comme le montre le fondateur de Knowdys Consulting Group, leader du conseil en intelligence économique en Afrique, à longueur de conférences. Areva, après des années de résistance, offre des gisements d’uranium africain à l’Empire du milieu. Les seuls groupes français qui survivent plutôt bien sur ce grand marché de demain sont ceux dirigés par des pater familias à l’africaine : Vincent Bolloré, Martin Bouygues ou Pierre Castel. Pour une raison simple : ils connaissent aussi bien les décideurs africains les plus influents que les cercles du pouvoir en France ».

L’un des principaux reproches formulés par Antoine Glaser est le manque d’adaptation et d’humilité des Français. « Si Areva n’est pas responsable de la chute des cours de l’uranium, l’arrogance de ses dirigeants, déterminés à refuser toute alliance avec les groupes chinois en Afrique, en particulier au Niger, était suicidaire ». Et l’auteur de citer une source impliquée dans la guerre de l’uranium entre Français et Chinois au Niger. « Entre 2005 et 2010, Areva a raté une opportunité stratégique avec la Chine. Au lieu de chercher à protéger ses technologies – que, de toute façon, les Chinois auront un jour -, elle aurait dû négocier une joint-venture 51%-49% avec transfert de technologie. Elle se serait ainsi construit un avenir puissant en Chine pour les cinquante prochaines années ».

Sur le plan politique, le spécialiste de la « Françafrique », s’attarde aussi sur l’action africaine des différents présidents de la République. Antoine Glaser écrit notamment que « François Hollande est devenu sur le continent un vrai « marsouin » d’honneur » et que c’est « peut-être sur le terrain de l’Afrique que le président de la République exerce la plénitude de son pouvoir ». Et de conclure sur l’action de l’actuel chef de l’État : « Pour les Africains, le « général Hollande », à travers les opérations Serval puis Barkhane, tente de corriger en partie les erreurs d’appréciation de son prédécesseur, grand initiateur de l’opération en Libye ».

Antoine Glaser est un journaliste et écrivain de nationalité française. Fondateur de La Lettre du continent, lettre bimensuelle consacrée à l’Afrique, il est aussi le directeur de la rédaction d’Africa Intelligence. Parmi ses derniers ouvrages : Sarko en Afrique, avec Stephen Smith (Plon, 2008), et Africafrance. Quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu (Fayard, 2014).

La Rédaction (avec Antoine Izambard)

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