[Africa Diligence] En mars 2006, Dubaï Ports World a racheté la société britannique P&O, quatrième opérateur portuaire mondial, pour la somme de 3,9 milliards de livres sterling. Son offre était supérieure à celle du Singapourien PSA International à 3,5 milliards. Ce rachat a provoqué une forte polémique aux États-Unis mais pas suffisamment en Afrique. Indices.

Soupçons de fraude en Algérie impliquant les employés de DP World

Le port d’Alger a été confronté à de nombreux cas de contrebande, corruption passive et active depuis 2008. Durant la dernière décennie, les ports algériens ont été impliqués dans plus de 200 actions en justice.

DP World a signé un contrat de concession trentenaire avec l’autorité portuaire d’Alger (EPAL) en 2008. L’accord a conduit à la création de DP World Djazair, une joint-venture dédiée à l’exploitation du terminal. DP World a ensuite sélectionné 9 entreprises parmi les 30 concurrents pour un contrat de 12 millions d’euros annuels afin d’assurer le levage et la manutention des conteneurs.

Le Colonel Farouk, membre des services de renseignements algériens, et associé des sociétés COAM et MTS (anciens concurrents de DP World pour la concession d’Alger Terminal), a obtenu l’annulation de ces contrats des autorités Algériennes. Les propriétaires de certaines de ces sociétés ont depuis été incarcérés. Les deux nouvelles sociétés les remplaçants étaient détenues, pour partie, par deux autres colonels des services de renseignement algériens, qui sont intervenus activement à l’enquête et dans la procédure ayant mené à la condamnation des sociétés mentionnées ci-dessus.

Aujourd’hui, quatre cas liés à la contrebande et aux transferts illicites de devises étrangères dans le terminal portuaire d’Alger exploité par DP World sont actuellement objets d’investigations. Des importateurs, des employés en charge du contrôle physique et des vérifications administratives, ainsi que des employés du terminal à conteneurs, sont soupçonnés par les autorités algériennes d’être impliqués dans des fraudes de grande ampleur. L’équipe de direction d’un fournisseur DP World est incarcérée, ainsi que l’ancien directeur exécutif de l’EPAL.

Le Premier ministre a demandé au ministre des Finances de prendre toutes les mesures nécessaires pour renforcer les mesures de contrôle.

DP World contraint de quitter Aden après des allégations de corruption de grande ampleur

DP World a signé un contrat en 2008 pour exploiter le terminal à conteneurs d’Aden (ACT) et le terminal à conteneurs du Port Ma’alla d’Aden. En 2009, des citoyens locaux d’Aden ont intenté une procédure devant l’autorité suprême en charge de la lutte contre la corruption (SACC), par une plainte selon laquelle DP World aurait délibérément sabordé les conditions de travail et les performances du port d’Aden, un déclassement mis en place afin de détourner les navires à destination de Dubaï. La SACC a, après examen des faits, recommandé au Cabinet d’état de révoquer le contrat avec DP World, sur la base d’irrégularités graves commises par l’entreprise de Dubaï dans le cadre et hors du cadre de ses obligations contractuelles, qui comprenaient un projet d’agrandissement du terminal à conteneurs du port.

En 2012 DP World a conclu un accord avec les Yéménites, leur cédant la totalité de sa participation dans la coentreprise Dubai and Aden Ports Corporation (DAPC) à la Yemen Gulf of Aden Ports Corporation (YGAPC). En conséquence l’entreprise de l’émir Al Maktoum a été évincée de la direction du Aden Container Terminal (ACT) et du terminal à conteneurs au Port Ma’alla d’Aden.

Controverse DP World aux États-Unis

DP World a acheté la Compagnie « Peninsular and Oriental Steam Navigation » pour 4 milliards de dollars en Février 2006. La compagnie du prince de Dubaï ambitionnait de gérer des ports américains majeurs, y compris le port de New York et du New Jersey, le Port de Philadelphie, de Baltimore, de la Nouvelle-Orléans, et de Miami, ainsi que des opérations dans 16 autres ports. Dubaï a dépensé sans compter pour embaucher des lobbyistes et d’anciens politiciens américains pour soutenir l’accord, y compris l’ancien sénateur Bob Dole et ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright.

Mais l’US Coast Guard Intelligence a soulevé les risques de sécurité nationale importants liés à l’affaire, deux mois avant la vente. L’agence a suscité de forts débats publics, qui ont conduit à une opposition forte à l’accord au Congrès où Dubaï est perçu comme une menace latente pour la sécurité nationale des États-Unis. Un état d’esprit illustré par la 109e audience du Congrès, où l’honorable Duncan Hunter, un représentant de la Californie et président de la commission des services armés, décrit Dubaï DP World comme suit :

  • Dubaï est un bazar pour les nations terroristes qui souhaiteraient recevoir des composants interdits à partir de sources du monde libre et du monde non libre.
  • L’affaire DPW donnerait la propriété de certains des atouts majeurs de la sécurité nationale à un agent d’un pays étranger, avec des connexions passées à des groupes terroristes, à un moment où la sécurité dans les ports est nettement insuffisante.
  • Les services de renseignement ont relevé des signes clairs indiquant l’influence de groupes terroristes – comme Al Qaida – sur les autorités et agences majeures de Dubaï.

Conséquences de ces controverses, DP World a annoncé en Mars 2006 la vente de son opération américaine à une société américaine.

Modifications suspectes dans les documents d’appel d’offres au Kenya, à Mombasa.

Le port de Mombasa est dans le processus d’attribution d’un contrat de concession pour son second terminal portuaire.

Le Trésor public a changé les documents d’appel d’offres à la dernière minute, après avoir effectué la phase d’évaluation technique. Parmi 7 addendum, l’introduction de 15% des capitaux propres au bénéfice du gouvernement et au détriment des soumissionnaires soulève de forts soupçons de corruption.

Les soumissionnaires se demandent pourquoi de nouvelles règles sont fixées à ce stade du processus, et sont inquiets de voir les concurrents qui ont obtenu 80% au cours de l’étape technique disqualifiés sur des raisons subsidiaires, présentées comme obligatoires alors que non substantielles (la non-conformité dans la structure de l’organisation par exemple). L’affaire, qui en est à ses prémices, a déjà causé un incident diplomatique majeur entre le Japon et le Kenya.

Ainan Okage

(Le contenu de cet article n’engage que son auteur)

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