[Africa Diligence] Le Colonel de Gendarmerie Guelpétchin Ouattara a fait de la protection du cyberespace ivoirien, son cheval de bataille.  Il déploie les efforts de la police du web pour assainir le cyber environnement national. Plus que jamais, il mobilise ses connaissances en matière d’investigation numérique pour barrer la route aux cyber délinquants locaux. Défis et forces en présence.

Il est devenu la bête noire des cyber-délinquants. Depuis qu’il est à la tête de la Direction de l’Informatique et des Traces Technologiques (DITT), le nombre d’affaires traitées par la division anti-cybercriminalité de la DITT, la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC), est en forte augmentation. Comparé à l’année 2014, il est passé de 564 à 1409 en 2015. Pas moins de 2400 plaintes ont été enregistrées en 2017, et plus de 2800 en 2018 pour différents types d’infractions liées aux technologies et au cyberespace. Signe d’une intensification des activités d’investigation de la DITT et de sensibilisation de la population qui, s’appropriant de plus en plus les technologies de l’information et de la communication, sait désormais à quelle porte frappée.

Discrétion

Réservé, le lieutenant-colonel Guelpétchin Ouattara se manifeste peu en public. Mais sur le terrain, l’homme n’hésite pas à exprimer les attentes de la PLCC. Qu’il s’agisse de difficultés d’accès aux données des fournisseurs de services de communication électronique dans le cadre d’une enquête, ou des peines d’emprisonnement trop faibles (moins de 6 mois) prononcées contre des individus qui ne sont pourtant pas à leurs premiers forfaits.

Colonel de gendarmerie ivoirienne, il demeure globalement apprécié, y compris des décideurs locaux et de la communauté internationale qui saluent unanimement les efforts de la police du web pour assainir le cyber-environnement ivoirien, voire africain. En témoignent le prix spécial de la meilleure entreprise/administration numérique décerné par le patronat ivoirien en 2016 et le trophée de l’initiative publique sous régionale attribué la même année par TicSec Awards à Dakar.

Investigation

Diplômé de la gendarmerie royale du Canada (2017), du centre de formation de la JICA et de la police nationale du Japon (2015) ou encore de l’université de virginie et de l’académie nationale du FBI à Quantico (2013), Guelpétchin Ouattara est avant tout un soldat. Il a successivement travaillé pour la gendarmerie, l’armée et la police, sans oublier une décennie à l’informatique du fonds de prévoyance militaire, structure de sécurité sociale pour la santé, la retraite et les services bancaires. Bien qu’ayant étudié l’ingénierie en génie mécanique et l’électromécanique, il est spécialisé dans les technologies Open Source, est certifié LPIC administrateur avancé Linux et a développé plusieurs plateformes et logiciels Open Sources pour l’armée, les assurances et le secteur bancaire.

Il utilise aujourd’hui ses connaissances en matière d’investigation numérique pour sécuriser le cyberespace ivoirien et déployer des systèmes technologiques de sécurité tels que la vidéo protection urbaine, la communication unifiée, etc., pour le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. Ce qui en fait un acteur déterminant dans la lutte contre la cybercriminalité, mais également pour le soutien du numérique aux investigations de criminalité classique. Concernant son profil, il explique que « les formes de criminalité varient d’une culture à l’autre. A cela s’ajoute un environnement des TIC très particulier en Afrique. Le défi est donc de bâtir son propre modèle de lutte contre les crimes technologiques. Ni s’agripper aux modèles et outils de lutte imposés par les pays riches via leurs aides, ni se laisser prendre à la puissance commerciale des multinationales vendeuses de solutions miracles de sécurité informatique. En cela, une formation très diversifiée permet de prendre le meilleur chez chacun pour construire la réponse la plus adaptée à nos pays. »

Diversification

En 2010, le pays avait été durement frappé par la cybercriminalité, avec un préjudice financier de plus de 14 milliards de FCFA. Les dommages pécuniaires causés au titre de l’année 2017 (3 milliards de FCFA) et de 2018 (5,5 milliards de FCFA) indiquent une tendance plutôt à la baisse. Avec une transformation de la cybercriminalité qui évolue en même temps que la diversification de l’offre de service des opérateurs. Pour parvenir à ce résultat, la PLCC n’a pas lésiné sur les moyens. Quitte à durcir le ton et se montrer plus ferme, notamment avec une forte pression sur les cybercafés et dans les maisons de transfert d’argent où transite une bonne partie du butin des cybers escrocs. Délaissant les infractions classiques telles que les arnaques aux faux sentiments, ces derniers se montrent aujourd’hui plus ingénieux dans la fraude sur porte-monnaie électronique ou transfert d’argent via le téléphone mobile.

538 plaintes et un préjudice de 257 millions de FCFA ont été enregistrés en 2018 pour ce type d’escroquerie qui menace non seulement la sécurité des transactions via la téléphonie mobile mais prouve aussi que la capacité de nuisance des cybercriminels ne faiblit pas. D’où la nécessité de donner une nouvelle direction à la lutte, en mixant à la répression, la sensibilisation et la formation. Selon le Directeur de l’Informatique et des Traces Technologiques, ce sont plus d’une cinquantaine d’écoles et d’organisations de la société civile (scout, groupes religieux, entreprises, etc.) qui ont bénéficié du programme de sensibilisation de la DITT en 2018. Des agents de plus de 13 pays africains ont été formés dans les locaux de la DITT. La formation par la DITT est essentielle parce que, assure le Colonel, « il n’existe nulle part ailleurs des formations en investigation numérique adaptées à nos réalités ».

La Rédaction (avec Anselme AKEKO et HMB)

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