[Africa Diligence] Le colloque international du CERDOTOLA 2015 a donné mission au professeur Franklin NYAMSI de faire l’audit de la question traditionnelle en Afrique et de dessiner les axes d’une résolution africaine de la crise culturelle. Pour cet éminent philosophe camerounais, « l’Afrique est un réseau de cultures en crise. »

Repenser sans cesse les fondements de notre approche du monde est œuvre d’homme. C’est la manière d’être propre de sapiens-sapiens au monde. Elle se manifeste, pour le cas de l’Afrique contemporaine, dans le projet de s’interroger sur ses forces et faiblesses actuelles, de se récapituler dans un monde dont la dynamique n’est pas sans ambiguïté et périls, a expliqué Franklin NYAMSI lors de son intervention au colloque international du CERDOTOLA 2015.

Pour l’agrégé de philosophie, lorsqu’une civilisation peine à transformer avantageusement la nature pour le bien-être de ses membres, lorsque ladite civilisation produit des exclus, des êtres humains superflus, et une marginalité sociale sans cesse croissante, lorsque de surcroît la même civilisation ne parvient pas à accéder à une respectabilité politique internationale dans un monde où son seul mode d’adaptation se réduit aux politiques d’ajustement structurel ou pilotage à vue de ses institutions sociales, économiques, culturelles et politiques, dans ces conditions typiques ainsi schématiquement décrites, il convient de faire l’hypothèse d’une crise de la culture qui sous-tend cette civilisation.

L’Afrique, c’est un truisme, un réseau de cultures en crise. Crise qui veut dire ici panne des vieilles réponses à de vieux problèmes qui ne passent plus. Une crise qui connote la paralysie de l’émergence anthropologique, a-t-il relevé. Si l’on entend par civilisation, la culture manifestée en œuvres, institutions, structures psychosociologiques transmises par l’inculturation ou l’acculturation, voire la déculturation, on peut restituer au concept de culture une acception plus large, qui embrasserait à la fois le manifesté civilisationnel et le latent du potentiel créateur de la civilisation. Dès lors, souligne NYAMSI, émergerait le sous-continent conceptuel de la Tradition, comme l’essence même du transmissible intergénérationnel, en tant que legs et projet, reprise et redéfinition d’une humanité par ses instances réflexives dans l’Art, dans la Religion et la Science.

Dans un propos très structuré, Franklin NYAMSI est parti d’un diagnostic de la question traditionnelle en Afrique pour ensuite dessiner les axes d’une résolution africaine de la crise culturelle sus-évoquée. Il s’est ainsi mis à équidistance des illusions d’entente de l’Art, de la Religion et de la Science, qui ont malheureusement prospéré jusqu’ici sur le continent africain. Il a ensuite déterminé des orientations sociales, économiques, culturelles et politiques catastrophiques. Et pour finir, il a proposé, en guise de viatique d’espérance, une esquisse de théorie révolutionnaire de la mystique traditionnelle en Afrique. A l’arrivée, le prof de philosophie pense que la solution est dans une nouvelle métaphysique du cosmopolitisme.

Docteur en philosophie de l’Université Charles de Gaulle Lille 3, Franklin Nathan NYAMSI est professeur agrégé de philosophie à l’Université de Rouen. Spécialiste de philosophie moderne et contemporaine, il est par ailleurs professeur invité de métaphysique à l’Université de Galatasaray en Turquie et à l’antenne malienne de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest. Il a publié de nombreux articles de recherche et quatre ouvrages : Pour un anticolonialisme critique (Abidjan, Balafons, 2012), Phénoménologie et Éthique chez Husserl et Levinas (Lille III, ARNT, 2014), Critique de la tragédie kamerunaise (Paris, L’Harmattan, 2014) ; Dires à Dieu pour demain (Abidjan. Balafons, 2012).

La Rédaction (Avec le CERDOTOLA)

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