[Africa Diligence] Entretien exclusif avec Monsieur Guy Gweth, Responsable de Doing Business in Africa à l’Ecole Centrale Supelec de Paris, Fondateur de Knowdys Consulting Group et Président exécutif du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE). Interview réalisée en prélude aux états généraux de l’intelligence économique africaine (EGIEA) des 29- 30 avril 2019 au King Fahd Palace Ho tels.

Votre Centre a fait de Dakar la capitale de l’intelligence économique africaine en Avril 2019 à la faveur des états généraux de la discipline qui se tiendront du 29 au 30 prochain au King Fahd Palace Hotels. Mais, du 17 au 19 avril déjà, vous organisez une session de formation courte, intensive et certifiante en Veille et Intelligence des Marchés Africains. Comment la présenteriez-vous ?

EN 2018, le CAVIE en lancé à Paris le MBA « Intelligence économique et marchés africains » à l’Ecole Supérieure de Gestion de Paris. C’est un programme long et lourd en formation initiale que nous présenterons d’ailleurs aux EGIEA des 29-30 avril ici à Dakar, avec une possibilité de recruter les meilleurs candidats sénégalais. Pour faire face à la demande des cadres en activités, nous avons conçu des sessions courtes, intensives et certifiantes de trois à cinq jours qui délivrent les méthodologies, les techniques et outils de surveillance avancés, de collecte, de traitement, d’analyse légaux et rapides et de diffusion sécurisée de l’information utile à la prise de décisions économiques en territoire hostile ou concurrentiel. Il en va ainsi des programmes IDPA (Influencer la Décision Publique en Afrique), IEDDA (Intelligence économique et Due Diligence) ou encore de VIMA (Veille et Intelligence des Marchés Africains) qui sera dispensé, comme vous l’avez indiqué, du 17 au 19 avril ici à Dakar. A ce jour, le CAVIE a déjà certifié près de 140 candidats issus d’une dizaine de nationalités lors de ses différentes sessions tenues à Paris, Ouagadougou, Yaoundé, Douala et Tunis.

Existe-t-il une spécificité de l’intelligence économique africaine ?

Aussi vrai qu’il existe une spécificité des économies africaines, de nos mentalités ou de notre rapport à l’information. Le CAVIE ne serait d’ailleurs d’aucune utilité s’il ne constituait une réponse africaine originale, efficace et efficiente aux questions spécifiques posées par l’histoire, la structure et l’épaisseur des marchés africains. Que ce soit en termes de veille, de formation, de mise en place de dispositifs clé en main ou sur mesure, le CAVIE agit pour que nos Etats, entreprises et ONG soient rendus capables de se battre sur le terrain de la compétition mondiale, avec leurs propres moyens, dans le respect de leur identité, avec une lucidité sans cesse croissante.

Vous avez récemment défini une grille d’analyse en trois axes qui rend compte de l’attitude des décideurs africains face à l’intelligence économique…?

Je vois que vous nous suivez de près… C’est rassurant. Trois catégories de décideurs se côtoient, en effet, sous nos yeux. La première et la plus importante est constituée de chefs d’entreprises n’ayant jamais ou très rarement entendu parler d’intelligence économique. Au mieux, ceux-là pensent, quelques fois non sans raison, que c’est encore un de ces concepts difficile, importé par des intellectuels n’ayant jamais créé de richesse, pour occuper l’espace public et médiatique. La deuxième catégorie comprend des acteurs relativement sensibilisés à l’intelligence économique, mais qui restent prudents à l’idée de se confier leur patrimoine informationnel ou leurs besoins en informations au premier expert venu. Ceux-là doivent être convaincus, non par la publicité mais par l’action continue et des retours d’expérience avérés. La troisième catégorie, la moins fournie hélas est faite d’acteurs totalement engagés dans une démarche d’intelligence économique. C’est le cas du groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM) qui a poussé le bouchon jusqu’à signer un partenariat stratégique avec le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique en mars 2019.

On a récemment vu des non-Africains organiser des assises africaines de l’intelligence économique ici… Qui est derrière ?

Votre observation est bien la preuve que si nous ne faisons rien, la douloureuse histoire de notre continent continuera à se perpétuer par d’autres moyens. Après la colonisation physique, nous sommes entrés de plein pied dans la colonisation de la sphère des idées. Comment pouvons-nous espérer gagner quelque bataille dans la guerre économique si les normes qui régissent nos activités, y compris en matière d’éducation, sont édictés par des étrangers ? Et le drame, c’est qu’il se trouve des Africains pour légitimer ce hold-up. Ce ne sont pas des dirigeants politiques, si couramment accusés, mais de valeureux citoyens en quête de reconnaissance, prêts à sacrifier leur continent pour un photo sur les réseaux sociaux… Cela étant, il est de notre responsabilité de les rappeler à la raison. Car certains parmi eux sont de bonne foi. C’est aussi en cela que les états généraux de l’intelligence économique africaine prévus du 29 au 30 avril 2019 sont un instant de gravité. Au reste, il est impérieux de mettre de l’ordre dans notre communauté pour rassurer toutes les parties prenantes.

Du 29 au 30 avril, vous le disiez plus haut, le CAVIE organise les Etats généraux de l’intelligence économique africaine. C’est sans précédent. Pourtant, on note que les entreprises africaines et sénégalaises, notamment, seront présentes. Ce n’est pas souvent qu’elles sont conviées à des réunions d’experts… ?

Votre remarque est absolument pertinente. Elle me rappelle ces vieilles portes de l’administration post-coloniale où on pouvait lire « sans vous, nous travaillons pour vous ». Au CAVIE, nous pensons que cette époque est totalement révolue. Entreprises, pouvoirs publics ou ONG, tous ceux pour qui nous travaillons, sont invités à participer activement à nos travaux. Leur présence nous permet de prendre leur pouls réel, d’établir le diagnostic exact de leurs situations respectives afin d’y apporter des solutions efficaces et adaptées. Ça change des esprits bien-pensant qui, en vase clos, pressent et vendent du jus de cerveau au bon peuple. Je profite de vos colonnes pour inviter solennellement les entreprises et les décideurs africains qui le peuvent à nous rejoindre à Dakar les 29 et 30 avril 2019, pour exprimer leurs besoins, tisser des liens qualifiés avec des conseils venus des quatre coins du continent et d’ailleurs ; d’en profiter pour bénéficier de consultations gratuites d’experts venus de plusieurs pays. Ce sera un grand moment de partage comme seul le Sénégal sait en offrir.

La Rédaction (avec  International AATR)

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