Quelle culture pour quel développement en Afrique ?

[Africa Diligence] Président/Rapporteur de la session portant sur les résonances contextuelles, Prof. Ernest-Marie Mbonda a tenu à clarifier le dilemme auquel l’Afrique est confrontée dans sa quête du développement. S’appuyant sur les travaux d’illustres philosophes à l’instar de Paulin Hountondji, il a souligné la nécessité pour les Africains de renoncer à eux-mêmes, de mourir à leurs cultures, pour renaître autres.

L’intitulé de cette communication, énoncé sous forme de question, exprime, en le réactualisant, le vieux dilemme auquel l’Afrique est confrontée depuis longtemps dans sa quête du développement. La première branche du dilemme renvoie au lien négatif établi par un certain nombre d’auteurs entre les cultures africaines et la rationalité du développement (Hegel, Levy-Brülh, De Gobineau, Towa, Khabou, Sarkozy), et à la nécessité pour les Africains de renoncer à eux-mêmes, de mourir à leurs cultures, pour renaître autres, pour revêtir l’homme nouveau, l’homme de la rationalité et du développement, a expliqué Ernest-Marie Mbonda, lors de son intervention au colloque international du CERDOTOLA 2015.

La seconde branche du dilemme plaide en revanche pour la valorisation d’une approche endogène du développement, qui met l’accent à la fois sur l’autonomie (ce que Joseph Ki-Zerbo appelle auto-développement) et les traditions (ethno-développement) et qui se situe dans la perspective de la « post-économie » (Ki-Zerbo). Pour ce professeur de l’UCAC, ce dilemme invite à examiner à nouveau frais le concept même de culture, en dépit de son apparente simplicité.

Si en effet, il est plus ou moins convenu de définir la culture comme un ensemble lié de manières de penser, de sentir, d’agir et de réagir propre à un peuple donné ou comme un ensemble de croyances qui structurent les comportements des membres d’une collectivité, dans leurs rapports à la nature, aux autres et à la transcendance, cette définition convenue ne permet pas de voir l’opposition entre les conceptions particularistes et les conceptions universalistes de la culture. Le concept de culture renferme finalement lui-même un dilemme entre approche universaliste et approche particulariste, a précisé Prof. Ernest-Marie Mbonda.

Le but de sa communication était d’examiner ce double dilemme, à partir des concepts d’auto-développement, d’ethno-développement, d’ethnoscience ou savoirs endogènes, de développement durable et de développement humain, tels qu’ils ont été construits par des auteurs comme Joseph Ki-Zerbo, Paulin Hountondji, Fabien Eboussi Boulaga et Amartya Sen.

Ernest-Marie Mbonda est Professeur à l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) et Professeur visiteur à l’Université de Moncton (Canada). Il enseigne l’éthique, la philosophie politique, la philosophie du droit et la philosophie de la culture. Ses publications comprennent notamment « L’Afrique peut-elle renaître ? », Préface de Sidy Tounkara et alii (éds.), Les réalités et les défis d’une renaissance africaine, Paris, L’Harmattan, 2015; « The Afrocentrist Critique of Eurocentrism. The De-colonization of Knowledge », in Bettina Bergo and Tracy Nicholls (éds.), I Don’t See Color, Penn University Press, 2015 ; E.-M. Mbonda (éd.), La philosophie africaine, hier et aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 2013.

La Rédaction (Avec le CERDOTOLA)

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  1. l’appropriation de la culture d’une part, et son intégration comme socle dans le processus du développement d’une nation d’autre part, peuvent engendrer des résultats susceptibles de répondre efficacement aux maux qui minent le développement du continent. Désormais, il faut que les recherches, les politiques, les entreprises et la société civile pensent à des débats politiques, environnementaux et socio-économiques qui ouvrent la vanne pour un développement adapté aux réalités africaines. Les productions africaines à chaque niveau de la chaîne, doivent être porteuses de messages tripartites à savoir: nostalgiques, modernes et innovants.

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