Exportations africaines : du ralentissement à la révolution ?

[Africa Diligence] D’après les institutions de Bretton Woods, la croissance des pays exportateurs de produits de bases, dont ceux d’Afrique, continuera probablement de ralentir dans les pays exportateurs Un ralentissement dû pour partie au fléchissement de la croissance de la production potentielle. Les Africains auront-ils le cran de révolutionner leurs dispositifs pour rehausser leur potentiel de croissance ?

Étant donné les perspectives moroses des cours des produits de base, en particulier de l’énergie et des métaux, la croissance pourrait encore ralentir au cours des années à venir dans les pays émergents et ceux d’Afrique qui exportent ces produits, selon le dernier rapport de Bretton Woods.

Cette étude, publiée dans les Perspectives de l’économie mondiale 2015 du FMI, indique que les récentes baisses des cours des produits de base pourraient amputer le taux de croissance des pays exportateurs de ces produits de près de 1 point par an durant la période 2015–17 par rapport à 2012–14. Ce frein devrait être plus marqué dans les pays exportateurs d’énergie — environ 2¼ points de pourcentage en moyenne.

Ce ralentissement n’est pas uniquement un phénomène cyclique, est-il noté dans l’étude. «Il a également une composante structurelle», explique l’auteur principal, Oya Celasun, chef de division adjoint du Département des études. «Les investissements et, par conséquent, la production potentielle augmentent généralement plus lentement dans les pays exportateurs durant les baisses des cours des produits de base».

Le fléchissement de la croissance potentielle exacerbe le ralentissement qui suit l’envolée des cours, explique Mme Celasun. «Cela signifie que les dirigeants des pays exportateurs doivent non seulement prendre des mesures axées sur la demande, mais aussi procéder à des réformes structurelles pour valoriser le capital humain, accroître l’investissement et, en fin de compte, rehausser la croissance de la productivité.»

Hausses et baisses des cours

Les cours des produits de base évoluent de manière imprévisible et peuvent être très volatils. Ils peuvent rester à des niveaux élevés ou faibles pendant des périodes prolongées, et donner l’impression qu’ils s’y sont établis à titre permanent pour, soudainement, fluctuer très fortement.

Le passé récent ne fait pas exception. Durant la première décennie du siècle, les cours des produits de base ont augmenté de manière persistante : ils sont passés de niveaux bas record au milieu des années 90 à des sommets en 2011. Récemment, toutefois, les cours ont diminué de nouveau, parfois considérablement, et devraient rester faibles pendant un certain temps.

La procyclicité, une préoccupation commune

Dans les pays exportateurs de produits de base, la croissance de la production et, de manière plus générale, l’évolution économique dépendent inévitablement des cycles des cours de ces produits. Pour mieux comprendre les voies de transmission, l’étude examine des données relatives à plus de 40 pays exportateurs de produits de base couvrant les 50 dernières années. Elle conclut que la production et, en particulier, l’investissement s’accroissent plus rapidement durant les hausses des cours que durant les baisses ultérieures. Ce cycle s’explique, en grande partie, par la vigueur de la réaction de l’investissement dans le secteur de production des produits de base lui-même, qui se répercute sur les secteurs connexes, comme le bâtiment, les transports et la logistique.

Il tient toutefois aussi à d’autres mécanismes. Dans les pays qui sont fortement tributaires des recettes tirées des ressources naturelles, la politique budgétaire est souvent procyclique par rapport aux termes de l’échange. Les dépenses publiques augmentent généralement lorsque les termes de l’échange des produits de base s’améliorent, ce qui influe sur l’activité économique de manière plus générale. Les pouvoirs publics, les entreprises et les ménages des pays exportateurs de produits de base empruntent aussi généralement plus facilement lorsque les cours s’envolent. Ces facteurs amplifient le cycle économique enclenché par les cours mondiaux des produits de base.

Tendance cyclique et transformations structurelles

Pour définir l’action à mener par les pouvoirs publics, il convient non seulement de prendre en compte l’ampleur du ralentissement de la croissance, mais aussi de savoir si les fluctuations de la production liées aux cours des produits de base sont principalement structurelles ou cycliques. En d’autres termes, les mesures doivent être conçues différemment si les variations des cours des produits de base ont un impact sur la production potentielle et non pas seulement sur ses fluctuations cycliques.

L’étude conclut que des facteurs cycliques et structurels contribuent généralement aux fluctuations de la croissance de la production liées aux cours des produits de base. En moyenne, environ deux tiers du ralentissement de la croissance de la production des pays exportateurs de produits de base durant une baisse des cours sont d’origine cyclique et un tiers d’origine structurelle, par suite du fléchissement de la croissance potentielle. Cela signifie que, dans le cas des pays exportateurs de produits de base qui ont bénéficié d’une envolée prolongée des cours, le récent ralentissement reflète également l’affaiblissement du potentiel de croissance, car la croissance des investissements chute.

À quoi faut-il s’attendre ?

Qu’est-ce que le comportement de l’activité économique durant les cycles précédents des cours de produits de base implique pour le ralentissement actuel ? D’une part, l’ampleur et la durée de la hausse des cours pendant la décennie 2000 ont dépassé la moyenne historique, et inversion pourrait provoquer un ralentissement plus prononcé aujourd’hui. D’autre part, un pays exportateur de produits de base type est maintenant mieux armé pour faire face à une baisse des cours qu’il ne l’était durant les cycles précédents :

  • Bien que l’envolée des cours ait été plus marquée, les taux de croissance des 10 dernières années cadrent avec ceux observés durant les hausses antérieures, et l’inflation est restée plus modérée. Cela semble indiquer que les politiques macroéconomiques ont mieux réussi que par le passé à lisser l’impact du surcroît de recettes tirées des produits de base : l’impulsion donnée à la croissance a été inférieure à celle que l’on aurait pu attendre étant donné l’ampleur de la hausse des cours.
  • En particulier, la politique budgétaire a été moins procyclique — ce qui a permis de mettre de côté davantage de recettes tirées des ressources naturelles —, les taux de change ont été plus souples, et la densité des circuits financiers s’est accrue par rapport aux épisodes antérieurs. Tous ces facteurs étaient liés à des ralentissements plus faibles de la croissance de la production lors des baisses des cours précédentes.
  • En outre, les pays exportateurs de produits de base affichent aujourd’hui une position extérieure plus solide, ce qui peut atténuer l’effet de la baisse actuelle des cours sur la croissance.

Que faire ?

Selon l’étude, le ralentissement de la croissance immédiatement après une envolée des cours des produits de base correspond fort probablement à un retour à un niveau de production plus viable. Par ailleurs, le ralentissement de l’investissement et la baisse des capacités économiques peuvent entraîner un fléchissement de la croissance de la production potentielle.

Les dirigeants des pays exportateurs de produits de base doivent donc prendre garde à ne pas surestimer l’ampleur des capacités excédentaires de leur économie. Une baisse notable des taux de croissance est inévitable.

À terme, des cadres de politique économique et des taux de change plus souples qui permettent d’éviter un excès de dépenses procycliques peuvent aider les dirigeants à lisser les effets des fluctuations des cours des produits de base sur l’économie nationale.

Lorsque la croissance est décevante, il est envisageable que des mesures axées sur des réformes structurelles visant à promouvoir un rebond durable, à moyen terme, soient très fructueuses. Les priorités en matière de réformes structurelles diffèrent selon les pays, mais l’élimination des goulets d’étranglement au niveau des infrastructures, ainsi que l’amélioration du climat des affaires et de la qualité de l’éducation sont des objectifs communs à bon nombre d’entre eux.

La Rédaction (avec Perspectives de l’économie mondiale 2015)

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