Oui, l’Afrique a vocation à nourrir la terre entière

[Africa Diligence] Pour Paul Kagamé, président de la république du Rwanda et K.Y. Amoako, fondateur du Centre africain pour la transformation économique au Ghana, les nouveaux objectifs du développement durable pourraient constituer une chance historique. Une occasion unique de rénover l’agriculture africaine et d’en faire le grenier alimentaire du monde, à condition de mettre en œuvre certains projets stratégiques.

La population mondiale croît rapidement, les conséquences des changements climatiques sont de plus en plus évidentes et la quantité de terres arables ne fait que régresser, ce qui impose donc un défi d’envergure. L’Afrique dispose de 60% des terres arables du monde ainsi que des conditions climatiques propices à un vaste éventail de cultures. Pour assurer, à la fois, la sécurité alimentaire pour les Africains (un sur quatre souffrant de malnutrition) et propulser son économie en vue de devenir un grand exportateur de denrées alimentaires, des engagements et des aides doivent être considérées. En effet l’agriculture en Afrique demeure le domaine de petits exploitants et bien souvent ils n’ont pas accès aux technologies qui stimulent les rendements agricoles.

Pour mettre en place l’ambition de faire de l’Afrique le grenier du monde, et le faire en respectant l’environnement, des engagements, des investissements doivent être réalisés. Le secteur agricole africain doit s’engager dans un processus concret de transformation, cela nécessitera donc de plus grands investissements.  Pour diversifier les cultures, pour assurer un maillage plus serré avec les marchés naissants de consommation urbaine, pour lancer une production de denrées alimentaires de plus grande valeur, tant pour la consommation intérieure que pour les exportations, et, particulièrement dans les pays comme l’Inde et la Chine, où la demande est en croissance ; mais encore, pour soutenir l’innovation et la modernisation de l’agriculture, les autorités publiques doivent garantir les titres de propriété des agriculteurs sur leurs terres et ainsi les inciter à effectuer les investissements requis.

Justement, la grande difficulté réside dans le fait que, dans de nombreuses régions d’Afrique, les terres sont propriétés de collectivités, où presque tous les villageois détiennent des droits traditionnels à un fonds de terre. Ce système a permis d’éviter que les ruraux se retrouvent sans terre ou sans bien. Compte tenu de tout cela, les réformes pour rapprocher le régime foncier de l’agriculture commerciale moderne doivent tenir compte des traditions locales et respecter les titres fonciers des collectivités et des petits exploitants traditionnels.

Pouvoir stimuler l’emploi tout en préservant l’environnement, la population rurale de l’Afrique est déjà en grande partie sans emploi, si les stratégies et les objectifs pour le développement durable pouvaient être rapidement mis en place, la main d’œuvre pourrait aussi et rapidement se lancer dans cet immense défi. Pour l’environnement, l’Afrique est capable et peut développer un système agraire écologiquement viable adapté aux conditions africaines.

Dans le but de créer des économies concurrentielles sur les marchés internationaux, pour la transformation du secteur agraire de l’Afrique et pour des initiatives élargies, un « Forum sur la transformation de l’Afrique » se tiendra en mars 2015 à Kigali. L’évènement rassemblera les figures de proue du secteur public, du monde des affaires, des milieux universitaires et de la société civile du continent. Menu : faire de l’Afrique la mamelle nourricière du monde.

La rédaction (avec AgriMaroc)

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  1. AfricaMulema

    Hum, il y a beaucoup de non dits derrière ces discours sur la soi disant “modernisation” de l’agriculture en Afrique et sur la propriété des terres.
    L’article suivant donne une bonne grille de décodage de ce type de discours et met en évidence un point toujours passé sous silence : à ce jour une grande partie des productions agricoles en Afrique sont tout simplement perdus par manque de capacité de transformation élémentaire (séchage …), stockage, emballage, transports.
    Lire pour une vision décapante et sans concession :
    http://business-en-afrique.net/agro-business-africain-alternatif/

  2. oui l’agriculture doit être modernisée, nous aspirons à une croissance économique notoire en misant sur l’industrialisation de nos produits,les exportations sur l’Europe,si c’était le cas oui ,mais si c’est l’Europe qui doit s’investir sur nos terres pour produire ,on aura fait que déplacer le problème des terre cultivables en Afrique. Il ne serait pas souhaitable que l’europe qui doit soutenir nos innovations se substitue aux pays Africains.

    1. AfricaMulema

      La modernisation est un terme empoisonné.
      En fait l’Afrique dispose d’un potentiel agricole considérable et elle n’a besoin ni d’industrie mécanique ni d’industrie chimique pour le mettre en valeur.
      Elle a besoin d’un peu de capitaux pour soutenir les petites industries de transformation pour permettre la commercialisation d’une plus grande part des récoltes.
      Ceci permettra l’augmentation des revenus des paysans qui pourront adopter des innovations raisonnables qu’ils pourront amortir comme la traction animale par exemple et les techniques de permacultures qui sont essentiellement de la formation.
      De grandes réussites de ce type existe sur le continent africains, la demonstration et le modèle est là sous nos yeux.
      Si vous voulez vous en convaincre voyez :
      https://www.youtube.com/channel/UCeFPIMnVIOXQJMxqcMeYWNg
      Notamment le channel “Agriculture pour l’Afrique”

      Bien amicalement

  3. AfricaMulema

    La notion de rendement agricole est quelque chose qui doit être envisagé avec une grande profondeur !
    Les rendements sont reliés dans leurs causes à des notions géologiques dont les cycles sont bien au delà des cycles de la vie humaine.
    En fait la vérité qui émerge est que les rendements que l’on a connu avec l’agriculture dite “moderne” sont essentiellement une façon pour quelques générations de s’accaparer la richesse qui a mis des millénaires à s’incorporer dans le sol sous forme de structuration, de système autostable et d’éléments nutritifs.
    Les engrais azotés par exemple ne sont pas en eux mêmes un apport nutritif, ils constituent une façon indirecte de libérer les “économies” du sol en très peu de temps. Alliés au labour, aux pesticides qui détruisent la vie bactérienne et fongique et à la mise à nu des terres, on a établi en quelque sorte une nouvelle politique de la terre brûlée.
    Depuis maintenant plusieurs années les rendements de céréales reculent dans les pays dits développés, parce que l’on arrive à l’épuisement des terres et toute la chimie et la mécanique du monde n’y peut rien.
    Il est encore temps de réagir en adoptant les semis sans labour, la couverture permanente des sols, l’arrêt des pesticides et la diminution drastique des engrais azotés. Ces méthodes entrainent à ce jour des pertes de rendements (limités) mais elles reconstituent la vie et le richesse des sols et elles devraient permettre de voir les rendements remonter en quelques années, au contraire des pratiques actuelles qui entrainent un appauvrissement continu et risque d’entrainer la mort des sols à moyen terme avec d’énormes difficultés à la clef pour les ramener à la vie.
    Il n’est vraiment pas temps pour l’Afrique de se ruer là où l’Occident s’avise de son énorme erreur.
    Il est par ailleurs bien évident que compte tenu des enjeux économiques énormes de l’agro business, la destruction des terres africaines encore riches ne compte pas.
    Les gens qui sont à la tête de ces immenses affaires n’ont AUCUN scrupules à laisser des millions de personnes sous la menace de la faim. Même, ils y voient des avantages marketing et stratégiques car ils peuvent se faire passer pour les sauveurs et faire financer leurs produits diaboliques par la collectivité mondiale !

    Vous pouvez retrouver le détail de ces processus dans les videos suivantes :
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLBAC2MH-s8Wh5JSZ57G17y0QLrxzIDu1P

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