[Africa Diligence] Pays à économie fortement concentrée, le Gabon est engagé dans la diversification de son économie depuis une dizaine d’années. La crise a récemment mis en exergue la trop forte dépendance économique vis-à-vis du pétrole et la nécessité de s’appuyer sur d’autres sources de revenus.

 Le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) adopté en 2011 décline cette stratégie de diversification jusqu’en 2025, instaurant trois piliers d’émergence autour des notions de Gabon vert, de Gabon industriel et de Gabon des services. Le Plan de relance économique, adopté par le gouvernement début 2017, articule les conditions de mise en œuvre de ce Plan sur la période 2017-2019 en tenant compte des contraintes du contexte socioéconomique.

 La stratégie de diversification procède toutefois de deux formes : l’une, horizontale, visant une diversification sectorielle de l’économie, l’autre, verticale, tendant vers une valorisation des matières premières exploitées.

L’enjeu pour le pays est important tant sur le plan économique (limiter la dépendance aux performances du secteur pétrolier, élargir l’assiette fiscale en touchant de nouveaux secteurs) que social (développement d’un savoir-faire industriel, création d’emplois peu qualifiés dans le secteur agricole). Toutefois, cette double stratégie de diversification se heurte à des contraintes structurelles encore lourdes.

Le développement de nouveaux secteurs d’activités : la diversification par la création

La stratégie de diversification mise en œuvre au Gabon a permis le développement de nouveaux secteurs d’activité, principalement dans le secteur agroalimentaire. En effet, dans le sillage des investissements massifs consentis par le groupe singapourien Olam depuis 2010 (2 Mds EUR, soit plus de 45 % du montant total des IDE entrants au Gabon sur la période), les cultures de l’huile de palme, de l’hévéa et du caoutchouc se sont développées à échelle industrielle.

En parallèle, et dans un souci de réduire le niveau d’importation des produits alimentaires (plus de 80 % des besoins alimentaires du pays sont importés), le gouvernement s’est lancé dans un ambitieux programme de développement agricole (essentiellement cultures vivrières), le programme GRAINE, piloté par la SOTRADER (Société gabonaise de transformation agricole et de développement rural, PPP entre Olam et l’État gabonais). Les résultats de ce programme restent toutefois limités et ne sauraient constituer un secteur d’activité à même de soutenir l’économie nationale.

L’industrie du bois est l’autre champ d’intervention d’Olam, matérialisé dans un premier temps en 2010 par la création d’une zone économique spéciale (ZES) à Nkok (40 km de Libreville) par GZES (Olam 40,5 %, Africa Finance Corporation 21 % et État gabonais 38,5 %). A ce jour, une soixantaine d’entreprises internationales ou locales se sont implantées dans cette zone au régime fiscalo-douanier avantageux, dans des secteurs variés (matériaux de construction, sidérurgie, chimie, etc.). L’investissement important consenti pour la création de cette zone a porté ses fruits car l’activité de ses entreprises représente aujourd’hui 14 % du total des exportations du pays.

La valorisation des matières premières : la diversification par l’ajout de valeur

L’exemple du bois est symptomatique de l’intérêt que portent les autorités gabonaises à la transformation locale. En effet, en 2009, la législation a interdit l’exportation des grumes, imposant de fait une première transformation locale. La ZES de Nkok offrait un outil industriel pour accueillir le développement de cette industrie au travers d’un cluster bois (Gabon wood hub).

Dans le secteur des mines, autre pan traditionnel de l’économie locale, les autorités gabonaises réaffirment régulièrement leur souhait de voir se développer une véritable filière industrielle, notamment dans le cadre du partenariat avec le français Eramet (Comilog). On notera, ainsi, que l’intitulé du ministère des Mines comprend désormais une dimension « valorisation minière ». Pour répondre à cette attente, Comilog a massivement investi ces dernières années avec la création du Complexe industriel de Moanda (CIM), inauguré en 2000, et du Complexe métallurgique de Moanda (C2M), inauguré en 2015. Actuellement, près de 30 % du minerai est ainsi traité localement et ce malgré les fortes contraintes (compétences, accès à l’énergie, etc.) auxquelles doivent faire face les industriels. Encouragées par ces résultats, les autorités plaident pour un nouvel accroissement de la transformation locale.

Les freins à la diversification de l’économie gabonaise

La diversification, qu’elle soit verticale ou horizontale, fait face à des contraintes objectives qui freinent le développement de politiques industrielles.

Ainsi, une montée en gamme de la transformation locale du minerai implique un besoin en énergie auquel les infrastructures énergétiques actuelles, notamment dans la région de Franceville / Moanda (Sud-Est du pays), sont incapables de pourvoir. Dans le secteur pétrolier, la raffinerie nationale (SOGARA), créée à Port-Gentil en 1967 dans une optique régionale (Cameroun, RDC, Tchad, Centrafrique), se révèle un outil industriel obsolète, contraignant le pays à raffiner la majeure partie de son brut à l’extérieur du pays.

Par ailleurs, le manque d’infrastructures de transports limite le développement du secteur privé, le Gabon ne comptant que 10 % de routes bitumées et une seule ligne de chemin de fer (Transgabonais) reliant l’intérieur du pays à la côte. Ainsi, l’extrême dépendance au Transgabonais comme voie d’évacuation des ressources engendre une saturation des canaux logistiques pour les industries minières, du bois, de l’huile de palme… avec un goulot d’étranglement au niveau de la zone économique de Nkok (à l’entrée de Libreville). A l’été 2018, un accident sur les voies (déraillement d’un train minéralier) a contraint une interruption du trafic pendant cinq jours, entrainant une perte d’activité substantielle pour l’économie du pays.

L’absence de main-d’œuvre qualifiée est également un frein à la diversification économique. Alors que les entreprises privées ont besoin d’ouvriers qualifiés – soudeurs, électriciens, machinistes, conducteurs d’engins etc. –, le système éducatif gabonais ne parvient pas à offrir ce type de compétences. Dans les secteurs à fort contenu technologique, une pénurie de main-d’œuvre hautement qualifiée, preuve supplémentaire de l’inadéquation entre les besoins du marché du travail et le système éducatif, ne permet pas de développer une activité en adéquation avec la législation locale du travail, restrictive sur l’emploi des étrangers. Dans le même temps, les activités liées à l’agro-industrie, qui ne demandent pas de qualifications particulières, n’attirent que marginalement les Gabonais au chômage, tant les conditions de travail sont difficiles. L’accès limité aux financements des PME est également un frein à la diversification de l’économie gabonaise, n’offrant pas un cadre économique solide à l’entreprenariat local.

La Rédaction (avec LAC et Knowdys Database)

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