(Africa Diligence) Pour déstabiliser le marché, l’option retenue par les spin doctors de la « taxe Nutella » a été de faire de l’huile de palme un poison. Alors que les projections des analystes en intelligence économique montrent qu’avec l’évolution des modes de vie, la consommation d’huile va exploser, quelle va être la réponse de l’Afrique ?

D’ici à quinze ans, trois millions d’hectares de terres africaines pourraient être dédiées à la culture de l’huile de palme. Soit deux fois plus qu’aujourd’hui. C’est ce qui ressort d’une étude de la banque Standard Chartered, qui voit ce secteur « à l’aube d’un changement monumental » en Afrique.

Avec la croissance de la population, des revenus disponibles plus élevés et une évolution des modes de vie, la consommation d’aliments et de boissons a de fortes chances de quadrupler dans les villes d’ici à 2030, estime la banque, se référant aux projections des Nations unies et de la Banque mondiale sur l’urbanisation.

Les habitudes alimentaires bougent. La demande pour des produits transformés et des plats préparés est en constante progression, et la consommation d’huile de palme va particulièrement en profiter. Elle devrait ainsi grimper de plus de 60 % au cours des quinze prochaines années.

L’Afrique importe une bonne partie de l’huile de palme qu’elle consomme
«  L’huile de palme est utilisée dans des produits alimentaires associés typiquement à une population plus jeune, plus urbanisée et mieux rémunérée, comme les produits laitiers transformés, le chocolat, les chips, la crème glacée et les nouilles instantanées », détaille dans le rapport Abah Ofon.

Pour l’analyste spécialiste des matières premières agricoles, le développement d’un grand marché de la restauration rapide et hors domicile va faire « exploser » le marché africain des huiles alimentaires.
Le continent importe aujourd’hui plus de 50 % de ses besoins en huile de palme. L’arbre, de son nom scientifique Elæis guineensis, a beau venir de la forêt tropicale d’Afrique de l’Ouest, les Africains sont importateurs depuis les années 1960, à l’époque où des entreprises en Asie ont commencé à planter des palmeraies à échelle industrielle.

L’Afrique ne représente que quelques pourcentages de la production mondiale de l’huile alimentaire la plus utilisée sur terre, alors que la monoculture occupe plus de cinq millions d’hectares en Malaisie et neuf en Indonésie, et que les deux pays fournissent ensemble près de 90 % du marché planétaire. « La facture alimentaire augmente. Nous l’estimons actuellement à plus de 25 milliards de dollars », prévient la banque.

Près de 10 milliards USD seront investis dans l’huile de palme africaine

Avec la hausse de la demande, la production locale, encore largement artisanale, est donc amenée à se transformer de manière radicale. Le continent en a les capacités, assure Abah Ofon, grâce à « des terres en abondance, un capital humain important, un environnement politique de plus en plus progressiste […] et un accès aux marchés locaux, régionaux et internationaux. »

La banque prône aussi l’investissement privé dans l’agro-industrie. Selon elle, « l’Afrique a besoin d’investissements comparables à l’Asie et à l’Amérique du Sud pendant la Révolution verte dans les années 1960 et 1970, qui tournaient autour de 15 % de leurs budgets nationaux. »

Ainsi, la banque estime que les 9,8 milliards de dollars d’investissement escomptés dans l’industrie de l’huile de palme africaine au cours des vingt-cinq prochaines années pourraient générer 11 milliards de dollars supplémentaires de revenus pour l’économie de la région.

Les grands groupes asiatiques investissent en Afrique

Quelque vingt-cinq entreprises investissent en ce moment directement dans les palmiers à huile en Afrique, elles viennent principalement d’Asie du Sud-Est, de Malaisie, mais aussi de Singapour et d’Indonésie, indique Standard Chartered, qui a identifié onze pays où de nouvelles concessions ont été accordées.

Le Liberia sera, selon elle, un acteur majeur du secteur d’ici à 2030 puisque qu’il pourrait multiplier sa production par plus de dix et devenir le deuxième producteur derrière le Nigeria. Ils seraient suivis par le Cameroun et la Côte d’Ivoire. Malgré tout, la banque croit que l’Afrique sera encore importateur net dans quinze ans.

Le rapport ne fait que l’évoquer, mais l’impact environnemental et social du boom de la production industrielle d’huile de palme en Afrique inquiète les ONG, comme Greenpeace , qui ont déjà dénoncé ces dernières années certains projets d’investissement, comme au Cameroun ou au Congo. Sensibilisés, les industriels français de l’agroalimentaire se sont engagés l’an dernier à utiliser uniquement de l’huile de palme durable d’ici à 2015.

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La Rédaction (avec Knowdys Database, Muriel Jacque, Les Echos)

 

2 Commentaires

  1. Les mesures protectionnistes défendues en Europe (comme la taxe Nutella) diabolisent l’huile de palme au profit d’autres huiles, produites sur place.
    Pourtant, la culture du palmier représente un espoir économique gigantesque pour l’Afrique. De ce point de vue, l’Afrique a raison de vouloir poursuivre son développement.

  2. Certaines ONG ne comprennent pas que l’huile de palme est une solution pour le développement économique en Afrique ! Au lieu d’aider les petits producteurs à exploiter l’huile de palme, elles leurs mettent des bâtons dans les roues… Une honte alors qu’elles prônent le développement social.

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