[Africa Diligence] « Il ne faut jamais perdre de vue que l’AGOA a d’abord été conçu par les Américains pour favoriser les intérêts Américains en Afrique. » Connu pour son franc-parler, Guy Gweth, fondateur de Knowdys, a littéralement démystifié l’AGOA au micro de Stanislas Ndayishimiye, in Afrique Economie, sur Radio France Internationale (RFI).

Adopté en mai 2000 par le Congrès étatsunien, et sous l’égide du président Bill Clinton, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) a officiellement pour but de soutenir l’économie des pays africains en leur facilitant l’accès au marché américain s’ils suivent les principes de l’économie libérale. Dans ce deal, Washington assure vouloir promouvoir le commerce et les investissements entre les États-Unis et le continent africain, encourager le développement économique et les reformes pour faciliter le climat des affaires. Mais à la réalité, précise Guy Gweth, fondateur et directeur des opérations de Knowdys Consulting Group, ce dispositif favorise davantage les États pétroliers d’Afrique à l’instar du Nigéria, de l’Angola ou du Gabon. L’actuel représentant américain au Commerce, Michael Froman, estime que « l’AGOA est la pierre angulaire » de la relation commerciale entre les États-Unis et l’Afrique.

Professeur de due diligence à l’ESG Paris, Guy Gweth a également tenu à préciser qu’en 2014, la moitié des 39 pays africains subsahariens qui bénéficient l’AGOA ont exporté moins de 1 million USD dans ce cadre. Même s’ils ont été multipliés par deux entre 2001 et 2014, les échanges commerciaux entre les États-Unis et les bénéficiaires de l’AGOA culminent à 50 milliards USD au quatrième trimestre 2014, d’après Knowdys Database. « Il faut, précise le conseil en intelligence économique senior de Knowdys Consulting Group, mettre ce chiffre en parallèle avec plus de 190 milliards d’échanges enregistrés entre le continent et la Chine. »

En sa qualité d’enseignant de géostratégie et géo-économie africaines à l’Université de Reims, Guy Gweth appelle les États Africains à négocier un vrai partenariat gagnant-gagnant avec les États-Unis qui permette de diversifier l’économie africaine, et non pas de la cantonner au rôle de pourvoyeur de pétrole. En effet, « sur les 25 milliards USD d’exportations subsahariennes exemptées des droits de douanes en 2014 dans le cadre de l’AGOA, près de 70% sont des produits pétroliers », a-t-il expliqué. « L’essentiel des exemptions de droits offerts par l’AGOA aux Africains, a-t-il poursuivit au micro de RFI, se révèle ouvert à toutes les nations en développement et plus généralement au groupe des pays les moyens avancés. »

Interrogé par Stanislas Ndayishimye sur l’attitude de l’Afrique du Sud peu avant le renouvellement de l’AGOA jusqu’en 2025, le Responsable du programme « Doing Business in Africa à Centrale Paris » a expliqué que les avantages offerts par les APE aux entreprises européennes ont poussé les lobbyistes américains à réclamer une contrepartie aux pays africains en ce qui concerne l’exemption des droits de douane, ce que Pretoria a été prompt à entendre. En militant pour le renouvèlement de l’AGOA, les parlementaires étatsuniens ont clairement invité Washington à négocier plus de traités de libre-échange et d’investissements bilatéraux avec les pays africains.

Le Forum 2015 se déroule du 24 au 27 août à Libreville au Gabon. Placé sous le thème du forum : « AGOA 15 ans : Pérennisation du partenariat pour le commerce et l’investissement entre les États-Unis et l’Afrique », l’édition de cette année rassemblera plus de 800 participants, dont des hauts fonctionnaires des États-Unis et d’Afrique ainsi que des membres américains et africains du secteur privé et de la société civile. Un autre super évènementiel de la diplomatie économique et du soft power pour les États-Unis qui, selon Guy Gweth, restent l’unique puissance capable de battre la Chine en Afrique.

La Rédaction (avec Knowdys Database et RFI)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici