[Africa Diligence] Finies les négociations sur la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), place maintenant à la signature de cet accord. C’est ce qui rassemble les chefs d’États et de gouvernements d’Afrique ce 21 mars 2018 à Kigali. Ce projet permettra à l’Afrique d’asseoir un vaste espace commercial sans frontières, semblable à celui du marché unique européen.

L’Afrique sera-t-elle, un jour, un vaste espace sans frontières où les personnes, les marchandises et les services circuleront sans entraves à l’image du marché unique européen ?

C’est l’objectif que s’est fixé l’Union africaine (UA) qui a invité, mercredi 21 mars à Kigali (Rwanda), 54 chefs d’État et de gouvernement du continent pour le lancement officiel de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

Ce sommet extraordinaire est une étape essentielle dans un processus entamé de longue date pour doper le commerce intra-africain. « La décision d’instaurer un marché commun continental remonte au traité d’Abuja de 1991 », rappelle Victor Harison, le commissaire aux affaires économiques de l’UA.

Depuis, l’idée a fait son chemin. Elle a connu une accélération spectaculaire avec la création de huit communautés économiques régionales, jusqu’à la signature de l’accord tripartite de libre-échange de 2015 qui réunit trois d’entre elles (Afrique orientale, australe et de l’Est), représentant 530 millions d’habitants et un PIB de 512 milliards d’euros, soit la moitié de la richesse produite sur le continent.

« La ZLEC se propose d’élargir encore le cercle en posant les bases d’une intégration au niveau continental », souligne Victor Harison.

Quels sont les enjeux de la Zone de libre-échange continentale ?

L’enjeu est fondamental. « Depuis 2004, l’Afrique a connu une croissance phénoménale, autour de 5 %, et ce taux devrait se maintenir autour de 4 % en 2018, mais le continent reste confronté à la pauvreté et au chômage, en particulier des jeunes », poursuit le commissaire aux affaires économiques.

La création, à terme, d’un marché à l’échelle du continent devrait être, à ce titre, un catalyseur en ouvrant aux entreprises africaines un marché de plus d’un milliard de personnes qui consomment, pour l’instant, des produits majoritairement importés de l’étranger.

Selon les estimations de la commission économique des Nations unies pour l’Afrique, la création de la ZLEC devrait ainsi permettre une hausse de 52 % du commerce intra-africain d’ici à 2022 – soit 28 milliards d’euros de richesses supplémentaires – et réduire d’autant sa dépendance à l’extérieur. Mais cette perspective reste encore lointaine.

Quelles seront les prochaines étapes ?

En se rendant à Kigali pour signer le traité, les dirigeants africains vont s’engager juridiquement dans la mise en œuvre d’un processus dont les négociations sont loin d’être achevées.

« Abaisser les barrières douanières, libéraliser les services, ouvrir son marché à la concurrence suppose que l’on tienne compte des disparités qui existent entre pays. Voilà pourquoi de nombreux débats restent à mener pour instaurer des mécanismes d’exception ou de compensation afin d’éviter de déstabiliser les économies les moins avancées », explique Victor Harison.

Un premier couac a retenti, dimanche 18 mars, lorsque le président nigérian, Muhammadu Buhari, a annoncé qu’il renonçait à se rendre à Kigali, évoquant « quelques réticences quant aux conditions de ce traité » provenant notamment des milieux d’affaires et des syndicats.

S’il est confirmé, le retrait du Nigeria, une des premières économiques africaines et un marché de 190 millions d’habitants, serait un coup dur pour l’Union africaine et le projet de ZLEC.

Mais Victor Harison reste confiant : « Cela prendra encore du temps, mais cela se fera. Le continent ne peut pas se permettre de rater ce rendez-vous avec l’histoire. »

Seule fausse note de cet accord à venir, c’est le désistement du Nigéria qui a préféré suspendre sa signature parce que certains acteurs nigérians ont fait savoir qu’ils n’ont pas été consultés.

La Rédaction (avec Antoine d’Abbundo)

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