[Africa Diligence] Le brave Bruno Patino écrivait il y a peu : « On est passé d’un capitalisme de production à un capitalisme de données. Données comportementales pour Google, données commerciales pour Apple, données identitaires pour Facebook. C’est leur capital. On travaille pour eux.» A ce jeu, l’Afrique de l’Est donne ses données pour son émergence. Mais le bébé à naître ne risque-t-il pas de dévorer sa mère dans le ventre ?

Les études de Knowdys Consulting Group sont édifiantes sur l’évolution du e-commerce en Afrique subsaharienne. C’est, d’une part, l’avantage des enquêtes de terrain faites par des experts de terrain. C’est d’autre part le fruit de dizaines d’interviews d’experts africains dans le domaine des technologies de l’information.

L’histoire que racontent les dernières analyses, c’est que la prochaine révolution numérique sur le continent va concerner le secteur des taxis. Oui, les taxis. Et elle est imminente. Ce secteur encore très désordonné du transport urbain en Afrique va s’ordonner de lui-même avec l’intervention des applications mobiles.

Les experts de Knowdys qui suivent l’évolution de l’économie numérique sur le continent ont identifié un triangle vertueux qui va de l’Afrique du Sud au Nigeria en passant par le Kenya. Que s’y passe-t-il ? Des applications sont conçues en Afrique du Sud, testées au Kenya ou au Rwanda et appliquées au Nigeria, le marché le plus important du continent. Ensuite, retour en Afrique du Sud. C’est exactement la trajectoire que suit actuellement Uber dans l’univers très concurrentiel du taxi.

Les conseils en intelligence économique de Knowdys espèrent que la mise en évidence de ce triangle vertueux va « réveiller » les investisseurs nationaux et internationaux qui estiment, à tort, que le marché du e-commerce en Afrique subsaharienne tient dans un mouchoir de poche. Il faut vite se réveiller pour soutenir les startups qui vont changer le visage de l’Afrique, aussi bien dans le paiement en ligne que dans la santé, l’agriculture ou l’administration.

Au Rwanda, le gouvernement a récemment créé une coentreprise avec la sud-coréenne KT Corporation pour construire le premier réseau 4G dans le pays. Les autorités rwandaises ne ménagent aucun effort pour avancer dans la promotion de l’alphabétisation numérique. Le ministère rwandais de la Jeunesse et TIC a d’ailleurs noué un partenariat stratégique avec la GSMA pour lancer des initiatives visant à accroître l’accès aux technologies mobiles à travers le pays. De son côté, la communauté des partenaires numériques du Rwanda a actionné des mesures visant à renforcer les capacités des institutions et des politiques sectorielles. L’objectif est d’accroitre les avantages socio-économiques de mobile en mettant l’accent sur la stimulation de l’émergence et l’expansion de l’inclusion financière des populations locales notamment.

Au Kenya, le président Uhuru Kenyatta a promis, dès son élection en novembre 2013, de faire entrer son pays dans l’ère du numérique. Après les couacs enregistrés dans l’introduction des ordinateurs pour tous dans les écoles, le dernier chantier en date a été lancé par le ministère de l’Immigration. Dès le mois d’avril 2015, les demandes de passeport seront traitées en ligne! Les formulaires de demande seront disponibles sur un portail et pourront être soumis électroniquement. Finis les longues files d’attente et la corruption des fonctionnaires. D’autres chantiers vont dans la même direction. Ex : le projet d’e-port de Mombasa, l’e-procurement pour éliminer les transactions douteuses dans la passation des marchés publics, ou la création de la carte à puce qui permettra aux étudiants kényans d’accéder plus facilement aux financements.

Pour les analystes de Knowdys, « même si elles poseront inévitablement des problèmes de vie privée et de sécurité des données, toutes ces réformes devraient valoir de bons points dans l’édition 2016 du classement Doing Business de la Banque mondiale ». Du point de vue du développement et de la gouvernance numérique, poursuivent les analystes, « le Kenya et le Rwanda sont deux modèles dont pourraient s’inspirer les autres pays africains. »

La Rédaction (avec Knowdys Database)

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