[Africa Diligence] « Si vous voulez l’annoncer au monde, dites-le au Press Club de Bruxelles », murmure-t-on dans la capitale européenne. Sur les conseils d’Alec Maréchal (Just in Time Management), Guy Gweth (Knowdys Consulting Group) et Annie Mutamba (Méridia Partners) y sont aller déchiffrer l’Afrique émergente, le 09 mars 2016, au cours d’une conférence organisée à la faveur de la dédicace du livre #MoiPrésident.

« Les pépites et les pipeaux de l’émergence africaine », tel a été le titre de la conférence de Guy Gweth qui a analysé les enjeux de l’émergence en Afrique. Il a justifié la rédaction de l’ouvrage par le fait que les jeunes leaders africains qui appartiennent à la diaspora n’avaient pas suffisamment voix au chapitre. « Dans certains pays, francophones notamment, on les considère comme des opposants politiques. J’ai eu l’idée de leur donner la parole et ils ont été sélectionnés en raison de leurs compétences et de leurs parcours totalement atypiques. Chacun a donné sa lecture de l’émergence africaine en tenant compte de son secteur d’activité, de son pays d’origine et d’autres critères que vous découvrirez dans le livre. C’est une remarquable richesse, c’est une véritable boîte à outils que je vous invite à découvrir ». Pour le fondateur de Knowdys Consulting Group, l’émergence de l’Afrique sera africaine ou ne sera pas car si les Africains se basent sur les critères fixés pas les autres, ils ne parviendront jamais à cette émergence. Mais, a-t-il, précisé il existe une chance de devenir émergent en se fondant sur ce que l’Afrique à offrir aujourd’hui de plus haut et de plus dynamique.


User de la diplomatie publique

Annie Mutamba, qui cumule 15 ans d’expérience dans le lobbying et la communication d’influence notamment au sein des institutions européennes à Bruxelles, a indiqué être extrêmement optimiste quant à l’émergence de l’Afrique. Néanmoins, a-t-elle nuancé, elle a beaucoup moins de raisons de l’être en tant que professionnelle dans son domaine. « J’ai l’opportunité depuis un certain temps de travailler dans les instances de décision européennes. Mais je ne perçois pas et ne sens pas cette Afrique émergente. Le soft power africain est imperceptible. C’est grave que les pays africains qui parlent de leur émergence ne soient pas visibles et audibles là où les décisions se prennent », a indiqué la directrice de Meridia Partners.

Pour cette experte en communication, la diplomatie publique, différente de la diplomatie classique, doit sous-tendre les efforts d’émergence des pays africains. Cette diplomatie publique, selon elle, a un lien avec le développement économique. À titre d’exemple, elle a expliqué que l’année 2014, avec la crise sanitaire liée à Ébola, a été une opportunité manquée de communication et de diplomatique publique. « Le continent a été incapable de faire passer une vérité toute simple : sur les 54 pays que compte l’Afrique, seuls 3 étaient concernés par cette crise. Cela a eu un impact économique car, en termes d’investissements étrangers notamment, l’impact négatif s’est propagé sur le reste du continent. Les trois pays concernés ont subi en 2014 une perte en termes de PIB de l’ordre d’à peu près 400 millions de dollars américains. Les investissements directs ont baissé en Afrique, alors que l’année précédente, ils étaient en hausse de 5%. Donc le lien entre diplomatie publique ou communication et performance économique est clair », a déclaré la directrice de Meridia Partners. Néanmoins, a-t-elle précisé, il faut différencier diplomatie publique et communication gouvernementale car la diplomatie publique est un travail collectif. « Ce n’est pas seulement les leaders politiques qui doivent communiquer sur le pays. Le secteur privé, la presse et la société civile doivent également être impliqués. Mais, pour l’instant, l’intégration entre ces différentes entités est assez compliquée en Afrique », a-t-elle fait savoir.

Pour Annie Mutamba, le développement d’une vraie et forte diplomatie publique passe également par l’octroi des moyens aux médias africains. En outre, a-t-elle indiqué, développer la diplomatie publique pour les pays africains permettra aussi de diversifier les sources et les partenaires. Bien plus, a-t-elle insisté, il est également important de mesurer les effets de cette diplomatie publique. Selon la directrice de Meridia Partners, si les Africains sont incapables de définir eux-mêmes l’émergence africaine, cela constitue un vrai problème de communication et de diplomatie publique. « C’est autant plus regrettable que c’est devenu un angle mort de la réflexion sur l’émergence », a-t-elle conclu.

Patrick Ndungidi

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