[Africa Diligence] Israël en Afrique ? Ce sont les plus importants contrats du continent dans le domaine de la défense, de la sécurité des lieux et dispositifs à risque, la protection des hautes personnalités et la collecte des données sensibles. Si le premier ministre de l’Etat hébreux arrive en plein jour en Afrique, c’est que la nuit est trop noire. La percée discrète mais profonde des monarchies arabes sur le continent ne rassure pas Tel-Aviv.

Le 4 juillet 2016, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a entamé en Ouganda, une tournée de quatre jours en Afrique subsaharienne. L’initiative diplomatique, rare pour un dirigeant israélien, a pour but de consolider les relations entre l’État hébreu et le continent. En quittant Israël pour l’Afrique, Benjamin Netanyahou a qualifié cette tournée d’historique d’autant qu’il s’agit de la première visite d’un Premier ministre israélien en Afrique subsaharienne plusieurs décennies. Jusqu’ici, Israël a préféré une diplomatie de coulisse qui a remporté de nombreux succès dans l’obtention de contrats de défense et de sécurité.

Les échanges d’Israël avec l’Afrique ne représentent que 2 % du commerce extérieur israélien, et Netanyahou entend les booster. Le timing est d’autant plus propice que le terrorisme islamiste engrange des succès sur le continent et que les dirigeants africains – dont nombreux sont protégés par des experts israéliens – sont friands de technologies de défense et de renseignement électroniques fabriquées par l’Etat hébreux. Le savoir-faire israélien en matière de production d’eau potable et d’innovation agricole est également reconnu et apprécié en Afrique.

Tel-Aviv a d’ailleurs pris la décision d’ouvrir des bureaux de l’Agence israélienne pour le développement international dans les quatre pays visités. Cette agence partage avec les pays en développement les technologies et le savoir-faire israéliens. D’après le secrétariat du Premier ministre israélien, une enveloppe de 13 millions USD sera consacrée au « renforcement des relations économiques et de la coopération avec les pays Africains ». Elle intègre notamment plusieurs formations dans les domaines de la défense, de la sécurité nationale, et de la santé.

Si les diplomates israéliens ont longtemps opéré dans l’ombre, c’est parce qu’après leurs indépendances, plusieurs pays africains avaient coupé les ponts en raison des conflits militaire de l’État hébreu avec ses voisins entre 1967 et 1973 et des liens unissant Tel-Aviv au régime d’apartheid en Afrique du Sud. « Israël a été mis sur liste noire en Afrique, nous avons été écartés en raison de pressions politiques de la part de beaucoup de pays dans lesquels nous étions impliqués dans les années 1960 et 1970 et cela a mis du temps à changer. Pourquoi ne pas changer cette absurdité ? », a commenté Benjamin Netanyahou en Ouganda.

Maître dans l’art du maniement des symboles, Bibi a profité de son escale ougandaise pour commémorer le raid d’Entebbe, une opération commando menée en 1976. L’opération lancée le 4 juillet de cette année pour libérer les passagers d’un vol Tel-Aviv-Paris détourné en Ouganda avait pour chef de commando Yonatan, le frère de Bibi qui périt durant l’attaque. Au milieu de ce cocktail à forte valeur émotionnelle, les autorités de Kampala ont quand même tenu à rappeler à leur hôte la nécessité d’un Etat palestinien à côté d’un Etat israélien.

Bibi (Benjamin Netanyahou) a ensuite pris part à un mini-sommet régional sur la sécurité et le terrorisme, rassemblant les chefs d’État et de gouvernement kényan, rwandais, éthiopien, sud-soudanais, zambien et malawite. Accompagné de 80 hommes d’affaires représentant une cinquantaine d’entreprises israéliennes, il a poursuivi sa tournée au Kenya, au Rwanda et en Éthiopie. « Un voyage comme celui-ci est très important d’un point de vue diplomatique, économique et sécuritaire, et je suis ravi qu’Israël retourne en Afrique par la grande porte », a-t-il soutenu à souligner avant de quitter Tel-Aviv le 4 juillet 2016 pour Kampala.

Las d’escalader les murs, Israël passe donc de l’ombre à la lumière, soutient un analyste des relations internationales. Jusqu’ici, plusieurs pays africains qui entretenaient des liens étroits avec Israël le faisait en catimini. Là, pour la première fois, on va avoir des pays africains, et pas des moindres, qui vont s’afficher publiquement avec le Premier ministre israélien. « C’est une image qui ne va pas faire plaisir dans le monde arabe », souligne-t-il. L’Afrique est également convoitée, certes discrètement, mais non sans succès, par plusieurs pays arabes dont l’Iran, le Qatar, l’Arabie Saoudite et surtout la Turquie. De plus en plus isolé sur la scène internationale, Tel-Aviv voudrait pouvoir compter sur le formidable réservoir de voix africaines à l’ONU.

La Rédaction (avec NY, DM, NR, A24 et AFP)

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