[Africa Diligence] Dans le contexte de lutte contre le changement climatique, la problématique d’une stratégie agricole africaine se pose avec acuité. Le choc des idées se fait ressentir : d’un côté l’optimisme technophile, de l’autre la crainte d’une mainmise agro-industrielle. Le temps est venu pour que l’Afrique se nourrisse elle-même.

Dans son rapport « Emploi et questions sociales dans le monde 2018 : une économie verte et créatrice d’emploi », l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que la réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait générer quatre fois plus d’emplois dans le monde qu’elle n’en détruirait. Selon l’OIT, le solde induit par la généralisation de la transition verte serait de 18 millions d’emplois d’ici à 2030. L’action visant à limiter le réchauffement climatique à 2 °C va se traduire par suffisamment de créations d’emplois pour compenser largement les six millions de suppressions d’emploi faites ailleurs.

Mais si les Amériques, l’Asie, la zone pacifique et l’Europe bénéficiaient dans ce contexte d’une création nette d’emplois, en revanche le Moyen-Orient et l’Afrique en perdraient, «en raison de leur dépendance à l’égard, respectivement, des énergies fossiles et des mines », précise l’OIT. La transition verte africaine ne va pas tant porter sur la production et la consommation d’énergie que sur les pratiques agricoles dans un premier temps. En la matière, le continent promet beaucoup, et certaines technologies peuvent l’aider.

Des avancées pour les cultures

L’effervescence est à son comble depuis quelques années sur le thème de l’e-agriculture, c’est-à-dire tout un ensemble d’applications en matière de vulgarisation des savoirs, de prévision météorologique, de surveillance pastorale ou de vente de produits agricole. À titre d’illustration, la société Wefly Agri propose une solution de cartographie et de surveillance des plantations avec des drones. Les propriétaires gardent ainsi un œil sur leurs terres, sans avoir à se déplacer, à partir d’un ordinateur ou d’un téléphone mobile.  Ils peuvent aussi détecter l’apparition des maladies végétales et intervenir aussitôt. « L’agriculture africaine doit faire mieux et produire plus.

Si l’on continue avec les méthodes traditionnelles, seuls 13 % de la population pourront être nourris en 2050 » explique son directeur général, Joseph Olivier Biley. La jeune Start-up ivoirienne a déjà glané de nombreux prix, dont l’Euronema Awards, le prix de la meilleure startup africaine. Les institutions internationales se mobilisent dans ce sens. La Banque Mondiale a ainsi accordé un crédit de 70 millions de dollars à la Côte d’Ivoire dans le cadre d’un projet « e-agriculture » visant à améliorer l’impact du secteur de l’agriculture dans la réduction de la pauvreté.

Des outils pour le traitement et de la gestion de l’eau

De nouveaux systèmes décentralisés de fourniture d’électricité, par exemple par pompage solaire, facilitent les innovations en matière d’e-agriculture. Et, pour cultiver les terres, l’eau est plus que jamais vitale. C’est pourquoi les grands acteurs mondiaux du traitement et de la gestion de l’eau commencent à accompagner ce mouvement.

Car le marché est prometteur, notamment celui des solutions off-grid qui permettent de distribuer et de traiter les eaux hors réseau public. « Nous avons par exemple développé des unités de traitement d’eau potable en containers qui minimisent les besoins d’installation en électricité, et qui restent facilement intégrables dans l’environnement ; notre priorité reste de fournir des solutions fiables, robustes et adaptées aux contraintes locales. Sans eau, pas d’agriculture en effet, mais de toute évidence, la déclinaison pure et simple des solutions technologiques occidentales ne fonctionnera pas. Pour autant, la question des technologies ne sera pas forcément la plus déterminante pour l’avenir de l’agriculture africaine.

La Rédaction (avec ConsoGoble et HMB)

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