[Africa Diligence] Les pouvoirs publics africains ont longtemps cru qu’il fallait éloigner les financiers de la santé. L’amélioration de la qualité des soins requiert pourtant des systèmes de santé coûteux conçus pour minimiser les risques chez les patients et le personnel. Avec Ebola, leurs systèmes de santé ont été admis en soins intensifs.

Si assurer la sécurité des patients se révèle être depuis toujours un défi de taille en Afrique, la récente flambée de la maladie à virus Ebola a clairement mis en lumière la faiblesse des systèmes de santé de certains de ses pays. Dans un contexte où plusieurs États du continent africain, particulièrement ceux frappés par la récente crise, peinent à fournir des services de base aux collectivités les plus vulnérables, quelles actions doivent être réalisées pour y induire une amélioration sensible de la qualité des soins ?

La sécurité des patients et la qualité des soins est un défi mondial

Travaillant au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 2006 et responsable depuis 2013 du réseau francophone d’APPS (Partenariats africains pour la sécurité des patients), Mme Aparicio connaît fort bien la question sanitaire africaine. Si elle insiste sur le fait qu’assurer la sécurité des patients et la qualité des soins se révèle être un défi important de dimension mondiale, elle signale qu’en Afrique, particulièrement dans les pays les plus pauvres, la situation est atterrante.

« Entre 2009 et 2012, nous avons conduit des études sur la prévalence des infections associées aux soins. Les résultats nous donnent un bon indice de l’état des lieux. Des hôpitaux dans certains pays africains ont signalé des taux très élevés. Au Mali, nous étions à 18,9 % d’infections associées aux soins. En Tanzanie, c’était 14,8 %, et en Algérie, 9,8 %. Les patients ayant subi des interventions chirurgicales étaient en général les plus touchés. »

L’insuffisance des financements constitue une sérieuse entrave

D’après Mme Aparicio, la prévalence élevée des infections associées aux soins s’explique par un ensemble de facteurs qu’il est difficile de dissocier. Mais, ce que relève d’emblée l’administratrice de l’OMS, c’est que la plupart des pays africains ne disposent pas d’une politique nationale en matière de sécurité des pratiques et des soins de santé. L’insuffisance du financement et l’absence de systèmes d’appui essentiels — notamment des stratégies et des lignes directrices, qui sont d’importants outils pour assurer la sécurité des patients — finissent par constituer de sérieuses entraves à la prestation de soins sécuritaires.

On a pu constater les conséquences de cette absence de politique nationale lors de la récente crise du virus Ebola. « En Guinée, par exemple, il a fallu près de trois mois aux représentants de la santé et à leurs partenaires internationaux pour identifier le virus Ebola comme l’agent étiologique de la maladie. Pendant ce temps, le virus était solidement implanté et la propagation était prête à exploser. Tout ce qui aurait dû se faire, le diagnostic, l’isolement des patients, le traitement, le traçage des individus qui ont été en contact avec les malades et, finalement, l’enterrement sécurisé, n’a pas du tout été fait par les premières instances. Ça explique que le virus s’est propagé à une telle vitesse et ça démontre la faiblesse de tout le système de santé », relève Mme Aparicio.

Profiter de la crise du virus Ebola pour améliorer les dispositifs

L’insuffisance de ressources humaines joue également un rôle important dans la prévalence des infections liées aux soins. Encore une fois, le cas du virus Ebola démontre à quel point une pénurie d’agents de santé peut avoir une incidence grave sur la sécurité des patients. Il faut savoir que les trois pays qui ont le plus été touchés par le virus, soit la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, ne disposaient que d’un ou deux médecins pour 100 000 habitants lors du déclenchement de la crise. En comparaison, au Canada, on compte environ 220 médecins par tranche de 100 000 personnes.

« À cela s’ajoutent le faible état de préparation du personnel et le manque d’éducation professionnelle, qui constituent une source de grave préoccupation pour les États africains. Le personnel de santé est très souvent exposé lui-même aux infections causées par des agents pathogènes. Si on prend à nouveau l’exemple de la maladie à virus Ebola, les établissements de santé des trois pays les plus touchés ne possédaient même pas de gants ; les agents de santé étaient donc très exposés. Cela démontre à quel point la protection du personnel reste un défi majeur », soutient Mme Aparicio.

Préférant profiter de la crise du virus Ebola pour inciter les décideurs africains et leurs partenaires à améliorer leurs façons de faire plutôt qu’à verser dans la réprimande, l’OMS travaille déjà au développement des plans nationaux de santé des pays les plus touchés et à la reconstruction de leurs systèmes sanitaires pour les rendre plus résilients.

Favoriser la diffusion des meilleures pratiques entre établissements

« L’amélioration de la qualité des soins requiert des systèmes de santé bien conçus pour réduire au minimum les risques pour les patients et pour le personnel de santé. Il faut privilégier une approche globale pour garantir la participation optimale de toutes les parties concernées, et c’est ce sur quoi nous travaillons. Ce processus associe bien sûr les gouvernements et les décideurs politiques, mais aussi les gestionnaires des établissements de santé, le personnel, les patients, les familles et la collectivité », note l’administratrice de l’OMS.

L’approche adoptée par l’organisation est celle qui a été développée par APPS et qui a déjà connu certains succès sur le continent africain, en Éthiopie notamment. De type bottom-up, elle se base sur la création et le maintien de partenariats entre des établissements de santé africains et européens et vise à favoriser la diffusion des meilleures pratiques entre établissements et individus au même niveau ou à des niveaux différents. Douze domaines d’action sont ciblés, dont la prévention et le contrôle des infections, la gestion des déchets et l’optimisation de la sécurité pendant les chirurgies. Si l’organisation parvient à ses fins, d’ici quelques années, les pays qui ont été les plus durement touchés par les épidémies d’Ebola pourraient bien devenir des exemples de résilience pour les autres États africains.

« On vise une reconstruction durable qui assurera la pérennité des systèmes de santé en Afrique, conclut Mme Aparicio. Ce que nous voulons, c’est que les pays auxquels nous apportons notre aide puissent un jour faire face aux crises sans devoir faire appel à la communauté internationale. Et, quand la volonté d’améliorer la sécurité des patients se conjugue à l’engagement des parties prenantes, des ministères et des décideurs politiques, les choses peuvent aller très vite. C’est ce que nous souhaitons. »

(Avec  Émilie Corriveau)

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