(Africa Diligence) A la tête de PAI Partners, l’une des plus importantes sociétés européennes de Capital investissement, le Franco-Béninois Lionel Zinsou est également expert sur le développement africain. Et pour lui, l’erreur est de croire que les économies du continent ne doivent leur accélération qu’à la flambée des prix des matières premières. La croissance est également endogène. Cela explique en partie le changement de regard des investisseurs sur le continent.

Franck Gagnon: L’appétit des investisseurs pour l’Afrique va-t-il pousser PAI Partners à investir hors d’Europe?

Lionel Zinsou: Nous sommes un fonds européen dans nos statuts. Nous possédons une vingtaine d’entreprises européennes qui réalisent 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploient près de 200.000 personnes. Elles développent davantage leurs activités dans d’autres régions du monde. Nous sommes donc plus actifs en Afrique. Nous intervenons sur le marché marocain à travers la société d’assistance aérienne au sol Swissport et le laboratoire d’analyse biomédical Cerba. Nous avons acheté dans l’industrie agroalimentaire le numéro 2 du biscuit au Nigeria. Nous sommes bien décidés à continuer nos opérations sur le continent. Les pays les plus importants pour nous en termes de nombre de salariés sont respectivement l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, le Kenya et le Nigeria. C’est assez logique puisque ce sont cinq des six premières économies africaines.

Quelle est votre analyse sur le développement africain aujourd’hui ?

Ce qui est le plus frappant aujourd’hui est que le développement en Afrique commence à être reconnu et au fond être accepté même par ceux qui l’ont nié pendant des années. Ils reconnaissent qu’il y a non seulement de la croissance mais qu’elle est probablement durable. L’essor du continent se traduit par l’émergence d’une classe moyenne et des changements structurels profonds. Les entreprises et les dirigeants politiques des pays émergents l’ont perçu bien avant les pays développés. L’on sent un changement et on le mesure par l’accélération des flux financiers vers l’Afrique.

Pensez-vous qu’il y ait une capacité endogène à maintenir une forte croissance sans la manne des ressources naturelles ?

C’est un mythe le terme de « ressources naturelles ». Il est en réalité frustrant de penser cela, pourtant c’est l’opinion de beaucoup de personnes. Nous avons une augmentation des prix des matières premières à la fin des années 90 et une forte poussée au milieu des années 2000. Ces dernières années, la croissance africaine accélère alors que les prix des matières premières stagnent. Les moteurs de la croissance sont donc très endogènes. L’Europe qui est le premier client, premier fournisseur, premier investisseur et premier bailleur de fonds de l’Afrique est en récession alors que les économies africaines accélèrent. Elles ne sont plus très dépendantes du pétrole, du cuivre, du café ou encore du cacao. Et cette autre chose ne peut qu’être endogène.

Doing Business estime que le climat des affaires dans plusieurs pays africains s’est dégradé entre 2008 et 2014. Avez-vous le même sentiment ?

Le plus important est de savoir s’il y a plus d’investissements étrangers ou moins. La réponse est qu’il y en a plus. Le rapport Doing Business n’est qu’une aide parmi d’autres à la décision. Une étude de la Cnuced (ndlr: Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) dit que l’Afrique est le continent le plus rentable. C’est assez juste. La croissance du chiffre d’affaires est souvent corrélée à la croissance macroéconomique et l’on est plutôt sur une amélioration des résultats des entreprises. Les profits semblent bien établis et progressent. Certes, la situation est différente d’un pays à l’autre. Les taux d’intérêts baissent aussi. Plusieurs pays peuvent emprunter sur le marché financier international à des taux beaucoup plus bas que par le passé. De plus, les opérations sont sur-souscrites.

Propos recueillis par Franck Fagnon

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