[Africa Diligence] La page de la CAN manquée au Maroc en 2015 est en train d’être tournée. Khalid CHEGRAOUI, professeur d’études africaines à l’université Mohammed V de Rabat, analyse la portée de la tournée qu’effectue S.M. le Roi Mohammed VI au sud du Sahara et évoque le modèle de partenariat Sud-Sud proposé par le Royaume chérifien.

Ayoub LAHRACHE : Le Maroc n’est pas membre de l’Union Africaine et pourtant son engagement pour le développement en Afrique ne se dément pas. Comment expliquez-vous cela ?

Khalid CHEGRAOUI : Au-delà des raisons ayant motivé le retrait du Maroc de l’UA, on peut dire que cela ne l’empêche nullement d’avoir aujourd’hui une présence plus forte sur le continent qu’il ne l’avait du temps de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). L’UA, instance qui s’est substituée à OUA, souffre toujours de bureaucratie et manque de vision claire quant aux outils à mettre en place pour favoriser le développement humain du continent. Sur le plan politique, elle souffre d’incohérences flagrantes qui lui ôtent beaucoup de sa crédibilité. Dans ce contexte, le Maroc a fait le choix judicieux d’être à côté des pays africains dans le cadre d’un partenariat équitable et juste. C’est dire que le Royaume est réellement engagé pour le développement à travers des projets concrets ayant des retombées directes sur les populations africaines. Il a un projet clair de développement Sud-Sud, qui met l’élément humain au centre de tout. Chose qui fait défaut à l’UA, qui reste empêtrée dans calculs étriqués et victime d’intrigues qui ne favorisent nullement l’unité.

Les observateurs de tous bords saluent l’intérêt grandissant porté par le Maroc à ses relations avec l’Afrique. Qu’en pensez-vous ?

Premièrement, il convient de préciser qu’il ne s’agit pas d’un regain ni d’une nouveauté, au contraire, c’est une constante dans la politique royale et même de la Dynastie alaouite. Au fait, ce qui a changé c’est la manière et l’approche. Il faut rappeler que plus de 50% de l’action diplomatique publique marocaine va vers le continent africain subsaharien, et ce depuis l’indépendance. Et si on remonte dans l’histoire, on s’apercevra que les relations du Maroc avec le continent n’ont jamais cessé d’exister, sauf pendant la période coloniale. Mais il faut dire que S.M. Mohammed VI, depuis son intronisation, a placé le continent au rang de ses priorités et en a fait un axe majeur de la politique étrangère du Royaume. Il y va des intérêts du continent et, bien sûr, du Maroc, qui table sur la promotion de nouveaux modèles de coopération, des modèles plus équitables et plus équilibrés, loin des schémas postcoloniaux. Il faut rappeler aussi que la politique africaine du Royaume procède de la conscience et de la fierté du Maroc de son africanité et de la communauté de destins.

Que peut offrir le Maroc aux pays africains et que peuvent lui offrir ceux-ci en échange ?

L’échange, la coopération, l’association, la collaboration et la confiance sont les maitres mots du modèle de partenariat qu’offre le Maroc au continent et qui fait aujourd’hui des émules. Cet un exemple de réussite en la matière. C’est pourquoi d’autres pays veulent s’impliquer dans des projets tripartites. Le Maroc possède, en plus de l’expertise, un capital confiance extraordinaire. C’est un pays qui a toujours entretenu des liens étroits avec l’Afrique sur les plans humain et spirituel qu’il est difficile de négliger dans tout projet de coopération. En 2050, 25% de la population mondiale sera africaine, le continent fournira 22% de la population active du monde. Les besoins en nourritures dans le monde s’accroitront de manière exponentielle, alors que 60% des terres arables en Afrique ne sont pas encore exploitées. Le continent arrive aujourd’hui à réaliser un taux de croissance moyenne de 5%, quand le monde vit une crise sans pareil. L’Afrique recèle 12% des réserves mondiales de pétrole, 42% des réserves d’or, 90% des réserves en phosphates… C’est dire que les Africains ont ce qu’il faut pour s’imposer, il leur faut juste se prendre en main et avoir confiance en leurs capacités. Ils doivent être des acteurs de changement et non d’éternels assistés. C’est le sens que S.M. le Roi Mohammed VI s’attèle à donner au partenariat Maroc-Afrique.

(Avec Le Matin)

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