[Africa Diligence] Pour l’auteur, la diffusion de la pratique de l’intelligence économique dans les entreprises tunisiennes repose sur l’implication des dirigeants dans toute initiative concernant leur compétitivité et ce, à travers la formulation claire des orientations, la participation à la définition des besoins d’information et du rôle de chacun dans le dispositif mis en place et la formation de professionnels compétents.

 La Rédaction : Vu de Tunisie, quelles devraient être les priorités de l’intelligence économique entre 2020 et 2025 ?

Nadia Yaich : Dans le contexte actuel de la Tunisie, postrévolutionnaire, caractérisée par des changements cruciaux en matière de politique et de système, le tissu économique et par conséquent celui des entreprises tunisiennes est en train d’évoluer de façon complexe, nécessitant ainsi une attention et une vigilance particulières.

En effet, la pratique de l’intelligence économique permet d’appréhender cette complexité liée que ce soit aux changements vécus au niveau du pays ou même le phénomène de mondialisation et de digitalisation croissante en créant des liens essentiels entre les individus, les événements et les technologies. Sur la base de ces différentes mutations, les priorités de l’intelligence économique entre 2020 et 2025 de la Tunisie seront :

Primo, la création d’un modèle transversal d’intelligence économique par les pouvoirs publics regroupant les acteurs socioéconomiques, les individus, les entreprises, et les administrations et englobant plusieurs disciplines telle que l’économie, la gestion, le juridique.

Secundo, la conception et la mise en place d’une politique nationale et administrative d’intelligence économique en réponse au besoin d’une gestion stratégique de l’information économique qui devient prédominante pour les différents acteurs en tant qu’enjeu pour la compétitivité.

Tercio, la conception d’une stratégie d’intelligence économique pour optimiser la coordination et la valorisation à travers la définition des champs de l’intelligence économique selon les types d’acteurs : Etat, entreprises, citoyens et collectivités….

Quelles sont les premières mesures concrètes à prendre pour ‎traiter efficacement ces priorités ?

Pour réussir les priorités proposées ci-dessus, il y a lieu de mettre en place un plan d’actions et une feuille de route clairement définis qui se présente comme suit :

D’abord, concevoir et mettre en place d’un système d’intelligence économique regroupant l’ensemble des pratiques et des stratégies d’utilisation de l’information utile, développées au cœur du pays à ses différents niveaux d’organisation : celui de l’État, du gouvernement, de l’industrie, des entreprises, de l’éducation, et même de la population.

Ensuite, diffuser la pratique de l’intelligence économique de façon générale et plus particulièrement dans la sphère des entreprises.

Les entreprises constituent les acteurs pivots de l’intelligence économique. Aussi, une prise en compte des enjeux stratégiques de l’intelligence économique nécessite-t-elle un réel engagement humain et financier à long terme de la part du top management des entreprises.  La diffusion de la pratique de l’intelligence économique dans les entreprises repose d’une part, sur l’implication des dirigeants dans toute initiative concernant l’intelligence économique et ce, à travers la formulation claire des orientations, la participation à la définition des besoins d’information et du rôle de chacun dans le dispositif mis en place et la formation de professionnels compétents d’autre part. Ainsi, la mobilisation nationale des responsables économiques et du monde de l’éducation et de la formation dans le domaine de l’intelligence économique demeure importante pour la diffusion de cette pratique de telle sorte que l’intelligence économique s’érige en culture.

Enfin, optimiser les flux d’informations entre le secteur public et le secteur privé.

Les capacités de collecte, de traitement et de diffusion de l’information utile dont disposent l’Etat et les administrations sont utiles et complémentaires à celles des entreprises. En Tunisie, cette complémentarité reste peu valorisée en raison des cloisonnements et aussi des redondances dans les efforts de collecte et d’analyse. Ceci ne favorise pas les pratiques offensives et concertées que l’intelligence économique rend possible. Il est, par conséquent, important de déterminer les mesures concrètes tendant à promouvoir une gestion collective de l’information entre l’État, les administrations et le secteur privé, adaptée aux réalités concurrentielles imposées par la mondialisation des économies. Pour mettre en place un véritable dispositif d’intelligence économique, l’administration doit mettre un cadre clairement défini. L’administration devra aussi s’engager dans une démarche de fond à travers une étude du potentiel existant des compétences et des réseaux d’information à l’échelle nationale, la définition des structures et des moyens nécessaires et la mise en place du système conçu au préalable.

Quel rôle le CAVIE devrait-il jouer dans cette équation aux niveaux national et international ?

Le CAVIE tel qu’il est conçu peut jouer un véritable rôle que ce soit sur le plan national que sur le plan international, et ce en contribuant à l’évolution des pratiques de l’intelligence économique à travers la sensibilisation des pouvoirs publics, des entreprises et le monde éducatif aux enjeux de la veille et de l’intelligence économique.

Le CAVIE sert de support technique pour la création d’un dispositif tunisien dans ce domaine en contribuant à la création et au développement des dispositifs de veille sectorielle et d’intelligence économique et stratégique au sein des institutions publiques et privées en rassemblant les différents acteurs notamment les entreprises et les représentants des administrations compétentes.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la version papier d’Africa Diligence, N°0004 de Novembre 2019

NadiaYaich est partner chez MGI BFC. Certifiée COBIT 5, ITIL et CICP et spécialisée dans le domaine de l’organisation, son champ d’expertise couvre principalement la gouvernance, le risk management, la fraude, le contrôle interne et l’audit interne. Elle est également intervenante depuis Novembre 2018 au sein de l’Institute of Risk management de Londres et auteur du livre « maturité du contrôle interne ». Certifiée VIMA III par le CAVIE, elle livre ici sa vision des priorités de l’intelligence économique en Tunisie, son pays d’origine.

Interview réalisée par la Rédaction

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