[Africa Diligence] 1500 personnes venues de 40 pays ont participé à l’ouverture du 6ème Forum sur la révolution verte en Afrique sur le thème “Seize the Moment : Securing Africa’s Rise Through Agricultural Transformation”. Selon une enquête de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, la productivité africaine croît depuis 2005.

Cette hausse de la productivité agricole a permis de réduire la pauvreté dans des pays comme le Ghana, le Rwanda, l’Ethiopie ou encore le Burkina Faso. « Ses dix dernières années ont démontré que l’agriculture était la voie la plus sure pour produire une croissance économique durable qui se ressent dans tous les secteurs de la société, particulièrement parmi les Africains pauvres« , a souligné Agnès Kalibata, présidente d’Agra (l’alliance pour la révolution verte). En est, pour preuve, la gigantesque facture des importations de denrées alimentaires chaque année en Afrique : $ 50 milliards.

Selon le rapport d’Agra, les pays qui ont très vite mis en place le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), programme qui a été adoptée en 2003 par l’Union africaine, ont vu leur productivité agricole augmenter de 5,9% à 6,7% par an. Ceci leur a permis d’engranger une hausse moyenne de 4,3% de leur PIB et ce, même s’ils n’ont pas consacré les 10% de leur budget national à l’agriculture comme le soulignait le PDDAA. En revanche, ceux qui n’ont pas suivi cette voie n’auraient vu leur productivité agricole croître que de 3% par an, voire moins, et leur PIB annuel moyen de 2,2%.

Idem pour la malnutrition. Le rapport d’Agra souligne que les pays qui ont mis en place le PDDAA auraient vu la malnutrition baisser en moyenne de 3,1% par an contre 1,2% pour les autres.

Et Agra de citer les pays ayant adopté le PDDAA, nombre d’entre eux étant en Afrique de l’Ouest : Bénin, Burundi, Cap Vert, Ethiopie, Gambie, Ghana, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone et Togo.

Pourquoi un tel lien de cause à effet entre agriculture et croissance en Afrique ? Tout simplement parce que plus de 60% de la population africaine vit de l’agriculture. Et ce secteur continuera d’être la source majeure d’emplois sur le continent, selon le rapport.

La faible productivité demeure le handicap majeur

Si les progrès sont là pour ceux qui ont misé sur l’agriculture durant cette dernière décennie, il va falloir doubler les efforts d’ici 2030 pour atteindre une transformation agricole significative, a précisé David Sarfo Ameyaw, auteur principal du rapport. A ce jour, seulement 13 pays en Afrique ont consacré 10% ou davantage de leur budget à l’agriculture, mais si tous les pays atteignaient ce seuil, les sommes consacrées au développement agricole passeraient de $ 12 milliards en 2014 à $ 40 milliards, d’après les analystes.

Ceci permettrait de prendre des mesures pour accroître la productivité, faiblesse majeure de l’agriculture en Afrique aujourd’hui. 2016 marque les 10 ans de la signature de la Déclaration d’Abuja sur les engrais pour une révolution verte en Afrique. Mais, selon une étude de la Banque mondiale délivrée en 2014, les deux-tiers des petits agriculteurs en Ethiopie, au Malawi, au Niger, au Nigeria, en Tanzanie ou encore en Ouganda n’utilisent toujours pas d’engrais chimiques. Ce qui ne signifie pas que le secteur agricole national n’ait pas fait des progrès majeurs. Ainsi, une autre étude de la Banque mondiale souligne qu’entre 2005 et 2015, l’Ethiopie, pour reprendre l’exemple de ce pays, a connu la plus forte augmentation dans l’utilisation d’engrais, ceci passant de 11 kg à 24 kg à l’hectare. Par conséquent, l’accent doit être mis sur la diffusion à travers le spectre des agriculteurs de l’utilisation d’engrais.

Au Ghana, l’utilisation d’engrais est passée de 20 à 35 kg à l’hectare (kg/ha) entre 2005 et 2015 et de 33 à 44 kg/ha au Kenya. Au Kenya où on a noté une hausse de 56% dans cette utilisation par les petits agriculteurs.

La Déclaration d’Abuja avait fixé pour objectif l’utilisation de 17 kg/ha d’engrais en moyenne en Afrique d’ici 2018 ; selon l’International Fertilizer Industry Association, on en serait à 12 kg/ha aujourd’hui, l’Afrique sub-saharienne ayant augmenté de 130% son utilisation depuis 2008. On se rapproche, donc, de l’objectif mais on est encore à des années lumières des 1 570 kg/ha en Malaisie ou encore des 1 297 kg/ha à Hong Kong et même des 278 kg/ha au Bangladesh.

D’ici 2018, la demande d’engrais en Afrique sub-saharienne pourrait atteindre 7 millions de tonnes (Mt), mais ceci ne représenterait toujours que 2% de l’utilsiation mondiale. Là encore, l’Afrique sub-saharienne demeure un nain face au Brésil, à la Chine, à l’Inde et aux Etats-Unis qui représentent à eux seuls 55% de la demande mondiale en engrais. Mais le recours à des pratiques comme le micro-dosage, pourrait changer la donne quant aux résultats à attendre.

Irrigation, crédit, accès au marché, foncier : les autres cartes à jouer

Les engrais sont, sans doute, fondamentaux mais ne constituent pas le seul élément sur lequel il faut agir. Notamment parce que leur coût ne cesse de croître, soulignent les producteurs présents au Forum d’Agra à Nairobi, ce qui implique qu’il faut que l’agriculteur puisse avoir accès au crédit financier mais aussi être mieux relié aux marchés, notamment urbains.

Les deux études, de la Banque mondiale et d’Agra, soulignent par ailleurs l’importance de l’irrigation, la Banque mondiale soulignant que seulement 1 à 3% des terres cultivées par de petits agriculteurs étaient irriguées.

En parallèle, la réforme du système foncier est un élément majeur, notamment dans les pays où, lors d’un héritage, les terres sont divisées entre frères et sœurs car cela conduit à un parcellement des surfaces agricoles et donc à une moindre productivité.

Bref, la révolution agricole en Afrique impliquera tous les secteurs nationaux et continentaux, tant économique, politique que social.

La Rédaction (avec Commodafrica)

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