[Africa Diligence] 1ère économie d’Afrique avec un PIB nominal estimé à 510 milliards USD, le Nigeria est aussi le 1er client des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique noire. Malgré les menaces sécuritaires dont le pays est l’objet, Knowdys Consulting Group considère qu’il pourrait devenir un hub régional s’il maintient son rythme de croissance actuel.

Au plan économique, le Nigeria a connu une expansion remarquable au cours des dix dernières années. En 2013, le pays enregistre une croissance record de son PIB estimée à 7.4 %, contre 6.7 % en 2012, tirée par la bonne tenue du secteur non pétrolier (agriculture, BTP et hôtels – restaurants). Ce secteur continuera d’ailleurs à tirer la richesse par le haut en 2014. Le rythme de croissance est supérieur à la moyenne de l’Afrique de l’Ouest et beaucoup plus élevé qu’en Afrique subsaharienne. L’agriculture, le commerce et les services sont toujours les principaux moteurs de la croissance du secteur non pétrolier. Le secteur pétrolier a été moins productif, avec des taux de croissance annuels estimés à 3.4% en 2011, -2.3% en 2012 et 5.3% en 2013.

La consommation privée, à elle seule, représente 54% du PIB. Elle restera soutenue par les dépenses sociales et la poursuite de la modération de la hausse des prix. L’inflation devrait se stabiliser grâce au ralentissement de l’augmentation des prix de l’énergie (électricité, essence), des biens alimentaires et aussi grâce à de meilleures récoltes. Toutefois, la dépréciation du naïra empêchera son recul au moins jusqu’à la fin du premier trimestre 2015.

Le solde budgétaire sera certainement déficitaire au 31 décembre 2014, mais le ratio par rapport au PIB devrait s’améliorer grâce à la réévaluation du PIB. Les dépenses sociales et les salaires devraient augmenter dans la perspective des élections de 2015. Le gouvernement pourra toutefois bénéficier de recettes liées à la privatisation de Power Holding Company of Nigeria (PHCN) et à la progression des recettes fiscales hors pétrole. Les finances publiques restent cependant très dépendantes de bénéfices pétroliers (80% des recettes fiscales) qui seront contraints par la faible progression, voire la chute des cours et de la production.

Le secteur financier reste caractérisé par la prédominance des banques et du marché des capitaux qui ne cesse de s’étendre. Les excellentes performances enregistrées en 2013 ont été soutenues par le regain de confiance des investisseurs dans le marché des capitaux. L’embellie a eu lieu grâce notamment aux progrès du cadre réglementaire, aux résultats financiers des sociétés cotées en Bourse, ainsi qu’à la solidité des fondamentaux macroéconomiques du pays.

Au plan politique, le mandat de l’actuel président Goodluck Jonathan s’achève en 2015. Depuis 2013, la vie politique au Nigeria se caractérise par des alliances et des partenariats stratégiques dans la perspective des élections générales de 2015. En février 2013, trois grands partis de l’opposition (Congress for Progressive Change, Action Congress of Nigeria et All Nigeria People’s Party) ont fusionné pour former le All Progressives Congress. Ce nouveau parti entend s’implanter dans toutes les régions du pays pour devenir un parti fort et crédible.

Au niveau des réformes, le Nigeria poursuit un ambitieux programme de réformes depuis 10 ans. Le pays a été parmi les premiers pays à adopter et à mettre en œuvre l’Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE) pour améliorer la gouvernance et le secteur du pétrole. Les pouvoirs publics n’ont cessé de lutter contre la corruption, mais il reste beaucoup à faire, comme l’atteste la dernière édition du Rapport mondial sur la corruption publié par Transparency International. Dans l’indice de perception de la corruption, en effet, le Nigeria est passé de la 139ème place (sur 174 pays) en 2012 à la 144ème place (sur 175 pays) en 2013.

Au plan social, la forte croissance économique enregistrée ne s’est malheureusement pas traduite par des taux de recrutement plus élevés. L’emploi reste un problème majeur avec environ 50 millions de jeunes sous-employés. Le gouvernement fédéral a exprimé la détermination à faire de la création d’emplois le cœur de sa stratégie économique. Les autorités d’Abuja ont spécifiquement ciblé les technologies de l’information et de la communication (TIC), le divertissement, la construction et les industries du tourisme pour booster l’emploi.

Pour ce qui est de l’Indice de développement humain (IDH), le Nigeria n’a malheureusement pas progressé comme espéré par les analystes. Avec un score de 0.471 en 2012, le pays affiche des performances inférieures à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (0.475). Les efforts qu’il déploie pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ont néanmoins produit certains des résultats escomptés tels que la réduction de la mortalité infantile.

Au plan sécuritaire, la conjoncture reste tendue dans le delta du Niger, zone de production de pétrole. La situation sécuritaire s’est très fortement détériorée dans le nord avec l’intensification des actions du mouvement islamiste radical Boko Haram. Pour les analystes de Knowdys, la trêve négociée par le gouvernement fédéral ne sera que de courte durée. De manière générale, le chômage, la pauvreté et les inégalités régionales alimentent la violence et l’instabilité sociale.

Côté business, le climat des affaires du Nigeria s’est considérablement amélioré ces dernières années. Selon le rapport Doing Business 2014 de la Banque mondiale, le pays figure dans le groupe des 20 économies qui ont la moyenne des meilleures performances enregistrées pour l’indicateur « obtention de prêts ». Le Nigeria a toutefois a reculé au classement général, passant du 131ème rang (sur les 185 pays examinés) en 2013 au 147ème rang (sur 189 pays) en 2014.

Pour rendre sa croissance inclusive, le Nigeria doit impérativement valoriser ses exportations de produits agricoles, s’industrialiser et intégrer progressivement son vaste secteur informel dans l’économie formelle. Un défi colossal, mais pas insurmontable pour le géant africain.

(Knowdys Database, avec Coface, FMI et PEA)

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