[Africa Diligence] Investir en Afrique sans être au Nigeria, c’est comme conquérir les marchés asiatiques en omettant la Chine. Pour le professeur Ababacar Mbengue, CEO de Knowdys Consulting Group, « le scrutin du 28 mars est sous haute tension, non seulement pour le Nigeria, mais aussi pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne ». La communauté des investisseurs internationaux retient son souffle. Knowdys rassure malgré les risques : ce pays a de la résilience.

Samedi 28 mars 2015, 66 millions de Nigérians sont appelés aux urnes à l’occasion d’élections présidentielles et législatives. « Couvre-feu, fermeture des frontières terrestres et maritimes, interdiction de circulation des voitures, multiplication préventive de messages appelant à la paix, à la non-violence et au respect du processus électoral, le scrutin est sous haute tension », d’après le professeur Ababacar Mbengue, CEO de Knowdys, le N°1 du conseil en intelligence économique et due diligence en Afrique subsaharienne.

L’issue du scrutin paraît particulièrement incertaine aux yeux des analystes, les deux candidats favoris, le président sortant Goodluck Jonathan et son rival Muhammadu Buhari étant annoncés au coude à coude par les observateurs. Les partisans des deux favoris sont survoltés. Et tout cela dans un contexte fortement marqué par la menace et les exactions de la secte Boko Haram.

Pour Ababacar Mbengue, HEC PhD, et spécialiste de la stratégie africaine, « plusieurs autres raisons – politiques, économiques, démographiques, géographiques, voire historiques – font de ces élections au Nigeria un moment crucial non seulement pour ce pays mais également pour tout le continent africain. C’est que, poursuit l’Agrégé de gestion, le Nigeria est un géant, à maints égards prototypique des faiblesses pénalisantes et des forces immenses de l’Afrique. »

Pour les experts de Knowdys, le Nigeria ne peut laisser indifférent aucun investisseur intéressé par l’Afrique. Ce serait comme partir à la conquête des marchés asiatiques en ignorant la Chine. Avec plus de 170 millions d’habitants en 2014, il est le pays le plus peuplé du continent, l’équivalent d’un sixième de la population africaine. Premier producteur de pétrole d’Afrique, le pays est également la première puissance économique d’Afrique, devant l’Afrique du Sud et l’Égypte. Son sous-sol est riche de multiples ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz, le charbon, l’étain, le fer, le plomb ou le zinc.

Le professeur Mbengue rappelle que « cette grande puissance économique africaine occupe une place centrale dans l’imaginaire des Africains et dans l’identité historique et la personnalité du continent. Le Nigeria, rappelle-t-il, a abrité parmi les plus prestigieuses civilisations africaines, celles des Noks du VIe au IIIe siècle, des Haoussa au nord du pays, des Yoruba au sud-ouest. »

Pour cet ancien du Prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal, « l’évocation du Nigeria renvoie les Africains à de grands empires multiséculaires comme le Kanem jusqu’au XIVe siècle, puis le Kanem-Bornou qui a connu son apogée au XVIe siècle ou encore l’empire islamique de Sokoto d’Usman dan Fodio au début du XIXe siècle, qui sont réputés pour la sophistication de leurs systèmes politiques et de leurs traditions artistiques et culturelles. »

L’histoire politique particulièrement mouvementée et violente du Nigeria (coups d’Etats militaires, assassinats politiques, dictatures, massacres de populations, guerres ethnico-tribales, mouvements de rébellion, tensions religieuses, corruption, tentatives de manipulation de la Loi constitutionnelle…) est une autre raison de l’attention suscitée par ce pays auprès des analystes.

Un ensemble de raisons d’ordre géopolitique explique également le grand enjeu de la situation au Nigeria. Le patron de Knowdys Consulting Group cite d’abord la géographie. « Situé dans le golfe de Guinée, le Nigeria possède plus de 4000 km de frontières terrestres avec pas moins de 4 pays différents (Bénin, Cameroun, Niger, Tchad), explique-t-il. Ensuite, l’histoire : le Nigeria a historiquement occupé une position géostratégique centrale comme point de jonction commerciale entre les berbères d’Afrique du nord et les peuples des régions forestières tout comme il a été au centre de la traite des esclaves, des rivalités entre puissances occidentales et l’installation des marchands européens sur les villes côtières africaines du XVIIe au XIXe siècle pour le commerce des esclaves puis des matières premières. Aujourd’hui, observe le professeur Mbengue, le Nigeria occupe une place politique centrale au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA). »

Sur le plan de la sécurité, le Nigeria qui a déjà été le théâtre de graves tensions religieuses entre musulmans et chrétiens est aujourd’hui confronté aux nombreuses exactions de la secte islamiste Boko Haram qui ont fait plus de 15000 morts depuis 2009. Un bilan terrible qui, aux yeux de Knowdys, n’est absolument pas représentatif de tout le Nigeria.

Bien que les élections du 28 mars soient cruciales au regard des risques encourues par la première puissance économique d’Afrique, les analystes de Knowdys Consulting Group se veulent rassurants quant à la capacité du pays à aller vers la stabilité chère aux investisseurs.

Awa Diallo

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