[Africa Diligence] La livraison de repas aux bureaux ou à domicile est actuellement très appréciée et très sollicitée. Le secteur attire des investissements gigantesques, ce qui fait planer le spectre d’une bulle. Le potentiel est jugé considérable, surtout qu’il est encore peu digitalisé.

Les startups et restaurants ont occupé de nos jours les réseaux sociaux pour mieux communiquer. D’ailleurs, grâce à la mobilité que réfèrent ces applications de plus en plus usuelles, le business de livraison de repas à domicile ou au bureau s’y passe presque totalement. Des pages sponsorisées adossées à des sites e-commerce ou vitrines pour certaines, voilà qui fait l’affaire que découvrent les consommateurs, parfois sceptiques sur la fiabilité de l’opération.

Pourtant, ces startups et restaurants ne se découragent pas. Si certains proposent de livrer des plats faits maison, d’autres servent d’intermédiaire entre les restaurateurs et les consommateurs. Entrepreneuse dans le secteur du numérique, Karla Padou, jeune congolaise, a initié le projet Kita Mata, en novembre 2017, se positionnant sur une clientèle faite en majorité de travailleurs au centre-ville et dans la périphérie.

Avec des points de raccordement plantés dans la ville, et une équipe de commerciaux connectés en réseaux grâce à internet, Kita Mata se sert de Facebook et WhatsApp comme plate-forme de base pour proposer son offre initiale aux prix inhabituels. Ici, une commande d’un Sandwich plus un jus et un dessert y compris, la livraison est proposée à 1000 FCFA. De quoi brouiller les concurrents. Si Karla Padou se réjouit d’écouler chaque jour une centaine de sandwiches, reste à améliorer l’offre qui va au-delà d’une heure parfois entre la commande et la livraison.

Chez Wingu, startup montée par Jovani Moanda, il y a plus de deux ans, avec enseigne dans la splendide cité du quartier Clairon, à Brazzaville, les repas à domicile font partie d’un segment de l’e-commerce que la société a développé depuis. Wingu ne lorgne pas que les réseaux sociaux comme la plupart de ces « marchands online » pour vendre. La société a misé sur les applications mobiles, développées chacune pour Brazzaville, Pointe-Noire et la République démocratique du Congo, et disponibles chez Playstore. On peut y acheter pizza, pâtisserie, fastfood, volaille, viande, poisson, café, pain, lait, céréale et autres et livrés à domicile.

En ciblant le secteur agropastoral, la société Day Enterprise que dirige Franck Makoye, 28 ans, a également lancé la livraison à domicile. Elle a épinglé entreprises, hôtels, société de catering et particulier. Avec une gamme de produits composés de fruits, légumes, produits vivriers, Day Enterprise mise sur ce marché pour accroître sa clientèle.

Livrer à tout prix, même sans internet et moyens opérants

Les échos de ce marché en pleine croissance ont attiré d’autres établissements, même les plus indomptables aux innovations. Si les grands restaurants ne semblent pas encore être inquiets sur les parts de marché qu’égrènent silencieusement ces nouveaux venus, des petits restaurants se sont lancés dans l’aventure. Ce sont pour la plupart des établissements tenus par des sujets ouest-africains et libanais. Pas besoin d’un smartphone connecté, car la commande se fait au téléphone grâce au marketing de bouche à oreille. Et la livraison à vélo, avec possibilité de payer en espèces. À Bacongo, Adams, un cuisinier malien, qui tient une petite gargote sur l’avenue des Trois-Francs, revendique une cinquantaine de plats le jour, depuis bientôt six mois qu’il a opté pour ce marché.

Tous expliquent un besoin certain des clients de faire des économies en évitant de se déplacer et de gagner du temps. D’autres facteurs comme la crise économique déjouent les plans restaurants, et permettent l’intrusion de ces petits plats moins chers et livrés en plus à domicile, assure, sans crainte, Mireille Ngangou, tenancière d’un grand restaurant de la place. À leur tour, les aficionados de l’innovation technologique expliquent ce boom par les commodités qu’offre la digitalisation de la livraison à domicile et les modes de paiement numérisés, même si c’est encore à l’état rudimentaire.

Sécuriser les paiements en améliorant le service

Si le marché de la livraison à domicile a un bel avenir en matière d’approche client, les modes de paiement restent un facteur à gérer, suggère Karla Padou. Malgré une prestation en ligne, le service Kita Mata qu’elle propose opte encore pour les paiements en espèces à la livraison, avec des risques éventuels de voir une commande exécutée être annulée en raison de l’absence du client lors de la livraison, par exemple.

« Tout ce qui est online revêt encore beaucoup trop l’image de l’irréel ou du risque pour le Congolais. Ce n’est pas demain qu’ils accepteront, par exemple, de connecter leurs cartes bancaires à notre plate-forme. Pis encore, combien d’entre eux ont des cartes bancaires ? », Explique l’entrepreneuse.

Un doute que ne partage sûrement pas Jovani Moanda. Outre les paiements par carte bancaire, Wingu utilise un partenariat avec MTN mobile money pour les achats. « On observe une croissance dans ce volet. Chez nous, sur une dizaine de commandes, par exemple, trois se font sur paiement mobile money.», dit-il, soulignant que les consommateurs s’adaptent peu à peu à ces transactions.

Un jugement certain ? Vraisemblablement, devant l’enthousiasme des établissements de restauration et de livraison à intégrer les outils numériques. Chez Day Enterprise que dirige Franck Makoye, l’heure est à la réflexion pour intégrer le paiement mobile, à l’instar d’autres modes de transactions.

La société, comme d’autres startups, qui ont pris conscience de l’évolution significative du nombre des abonnés à la 3G et 4G au Congo, qui représente quelque 2,3 millions d’utilisateurs internet mobile en 2017, veulent se servir de cet écosystème favorable pour développer les services, comme ceux de la livraison de repas à domicile.

Le business model de ces nouvelles start-ups de la livraison de repas repose donc sur l’intermédiation technique entre trois groupes d’acteurs : les clients, les restaurateurs et les coursiers. Avec les systèmes numériques, on a créé une nouvelle façon de lier l’offre et la demande. On passe d’une coordination interne, où le modèle traditionnel voulait que la livraison soit gérée par la même entreprise qui produit, à une coordination externe où chacun des acteurs se spécialise sur un maillon de la chaine de valeur. Internet et les applications ont permis une interconnexion généralisée entre les systèmes des acteurs. Le client et le livreur avec leur smartphone, le restaurateur muni d’une tablette et la plateforme au milieu de ce système.

La Rédaction (avec Quentin Loubou)

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