(Africa Diligence) Dans une interview exclusive à Radio France Internationale (RFI), Guy Gweth, fondateur de Knowdys Consulting Group, explique comment le gouvernement camerounais tente de vendre une bonne mesure avec de mauvais arguments. Au milieu des barils et des pompes à essence, Yaoundé joue-t-il avec le feu ?

Au micro de Jean-Pierre Boris, Guy Gweth a reconnu d’entrée de jeu que la subvention aux carburants est insoutenable pour les finances publiques face aux autres défis qui interpellent le gouvernement. Il a cependant tenu à préciser que ce sont les institutions de Brettons Woods (Banque mondiale en tête) qui ont poussé Yaoundé à stopper l’hémorragie. Selon le fondateur de Knowdys, « l’Etat camerounais dépense en moyenne 400 milliards FCFA chaque année au titre des subventions, soit l’équivalent de 8% du budget total du pays pour l’année 2014. Ça ne peut pas durer !»

Pour le conseil en intelligence économique et stratégique, le risque de trouble à l’ordre public est réel dans le pays. Pour Guy Gweth, le gouvernement a manqué de mémoire et de pédagogie dans la gestion de ce dossier. Avec un peu de mémoire, dit-il, « on se serait souvenu des départs de feu des émeutes de la faim en 2008, des révolutions arabes de 2011 et des grèves nigérianes de 2012 à la suite de la suppression des subventions sur les prix du pétrole. » Avec un minimum de pédagogie, poursuit-il, « on aurait convié les partenaires sociaux à une séance d’explications, voire de négociation avant l’annonce. » Les mesures avancées par Yaoundé suffiront-elles à calmer la grogne sociale qui s’annonce?

Le fondateur de Knowdys affirme que le Cameroun a le potentiel pour une autosuffisance énergétique. « Il faut encourager les autorités locales à moderniser ses infrastructures de raffinage, à promouvoir le rajeunissement du parc automobile et à accélérer l’introduction des énergies renouvelables dans le pays » dit-il. « Quant à réduire les souffrances des populations, le gouvernement serait mieux inspirer d’instaurer une assurance maladie universelle dans un pays où des citoyens meurent encore de malaria parce qu’ils n’ont pas 5000 FCFA. » Une proposition curieusement oubliée par le personnel politique et la société civile locale dans ses négociations avec les pouvoirs publics.

En rappel : le 1er juillet 2014, un décret du président de la République, Paul Biya, a annoncé une augmentation des prix des hydrocarbures à la pompe à savoir de 569 à 650 FCFA, en hausse de 15% pour le litre du super. Le gasoil, quant à lui, coûte désormais 600 au lieu de 520 FCFA, soit une envolée de 14%. La bouteille de 12,5 kilos du gaz domestique passe de 6.000 à 6.500 FCFA, soit un surplus de 500 FCFA. Le prix du litre de pétrole lampant reste inchangé à 350 FCFA, soi-disant pour ménager les plus pauvres.

Au titre des mesures d’accompagnement, un autre décret du chef de l’Etat camerounais, rendu public le 7 juillet 2014, a revalorisé de 5% les salaires des agents publics et des forces armées et de défense. 72 heures plus tard, c’était au tour des tarifs des taxis de connaître une hausse de 40%, passant de 200 à 250 FCFA pour les courses de jour et de 250 à 300 FCFA pour celles de nuit. Quid du boulanger ou de la petite commerçante qui subiront la hausse du carburant sans la répercuter sur les consommateurs ? Guy Gweth appelle les parties prenantes à oser « un vrai débat de fond ». Pour lui, les Camerounais sont suffisamment armés pour entendre la vérité.

La Rédaction (avec Knowdys Database, Pana Presse et RFI)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici