[Africa Diligence] Les investissements chinois en Afrique font peser une menace sur les intérêts de l’Union Européenne sur le continent. Afin de ne peut se voir devancé par le géant asiatique, les pays du vieux continent ambitionnent de réviser leur partenariat avec l’Afrique. En voici les prémices de cette nouvelle relation.

Faire plus et mieux pour l’Afrique. En présentant, vendredi 14 septembre 2018, son projet de partenariat avec le Continent noir, la Commission européenne a tenté de convaincre qu’elle abordait le sujet avec une philosophie nouvelle. Derrière la formule de son président Jean-Claude Juncker, qui propose de bâtir une relation « d’égal à égal », il s’agit en particulier de mettre l’accent sur l’investissement plutôt que sur les subventions.

Arrière-pensées

La crise migratoire n’est pas pour rien dans cette nouvelle impulsion. Alors que l’évolution démographique de l’Afrique fait craindre à certains une déferlante migratoire en Europe d’ici à 2050, un consensus émerge quant à la nécessité d’aider les économies africaines. Les vents sont favorables : en 2018, parmi les dix pays affichant la plus forte croissance dans le monde, six sont situés en Afrique (Côte d’Ivoire, Djibouti, Éthiopie, Ghana, Sénégal et Tanzanie).

Un autre facteur incite les Européens à rehausser leur niveau de jeu sur le continent africain : la  concurrence chinoise. Même si, précise Federica Mogherini, la haute représentante européenne pour les Affaires étrangères, l’Union européenne est encore, de loin, le partenaire principal de l’Afrique. Elle représente 36 % de son commerce extérieur et 40 % des investissements directs étrangers sur le continent. À comparer à respectivement 16 % et 5 % pour la Chine, avance la commissaire italienne. Mais pris isolément, les pays européens ne font plus le poids face à Pékin.

Le plan Juncker, encore lui

Reste à trouver les moyens. Bruxelles propose de  généraliser la méthode testée avec le plan Juncker : l’utilisation de fonds européens pour rassembler des acteurs publics et privés autour de projets d’investissements. Le but étant de créer un effet de levier et, avec 1 euro du budget de l’Union, de mobiliser entre 6 et 11 euros d’investissements, selon les cas de figure. Alors que l’Union européenne aura mobilisé 42 milliards d’euros pour l’Afrique sur la période 2014-2020, essentiellement sous forme de subventions, Bruxelles propose de porter ce chiffre à 61 milliards entre 2021 et 2027. Mais en accordant, cette fois, la part belle aux investissements par effet de levier. De quoi espérer plus de 400 milliards d’euros d’investissements sur cette période.

À la Commission, on fait remarquer que les fonds européens représentent entre 20 % et 25 % de tout ce que mobilise l’Europe pour l’Afrique, compte tenu des contributions des États membres. « Si les États membres nous suivent sur cette logique, nous avons donc les moyens de faire la différence en volume », plaide un officiel.

La balle dans le camp des États

La perspective reste toutefois encore lointaine : non seulement la négociation du budget européen 2021-2027  s’annonce épique, faisant planer un doute sur les 61 milliards avancés par Bruxelles. Mais il est peu probable que les États membres, souvent sous forte contrainte budgétaire, suivent la Commission qui souhaite augmenter de 45 % son financement à l’Afrique. « J’en appelle aux États membres pour qu’ils soient cohérents quand ils disent que l’Afrique doit être LA priorité », plaide Federica Mogherini.

 La Rédaction (avec Gabriel Grésillon )

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