[Africa Diligence] Rudoyées par la concurrence internationale et agacées par les succès marocains, les entreprises algériennes tentent de se frayer un chemin au sud du Sahara. Depuis le premier trimestre 2015, Alger déroule sa stratégie économique et commerciale en direction des pays d’Afrique subsaharienne comme si tout son avenir en dépendait…

Après avoir focalisé toute son attention sur ses échanges avec l’Union européenne (UE) pendant de longues années, l’Algérie a décidé de changer de vision et de tenter l’expérience africaine. Un terrain laissé vacant à travers une politique économique africaine fondée depuis des décennies sur l’énergie et les infrastructures, conformément aux orientations du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Que ce soit en investissements ou en exportations, le marché africain reste relativement vierge pour les entreprises algériennes.

Malgré de nombreux accords, le niveau des relations économiques entre l’Algérie et les pays d’Afrique subsaharienne reste faible comparé à ses concurrents. Le volume des échanges entre les deux parties ne représentait que 4,63% de son commerce extérieur en 2013, soit 5,592 milliards USD, d’après Knowdys Database. Par rapport à l’année 2012, les échanges entre le pays et le continent noir ont enregistré une progression de l’ordre de 15,36%. L’Afrique du Nord concentre 88,2% des échanges entre Alger avec le reste du continent. Elle est suivie par l’Afrique Australe et l’Afrique de l’Ouest avec des parts respectives de 7% et de 4,3%. Les échanges commerciaux avec l’Afrique Centrale et Orientale demeurent marginaux.

Le premier partenaire subsaharien de l’Algérie reste l’Afrique du Sud. Les chiffres sur les échanges entre les deux pays font état d’un solde négatif en 2013. Les exportations vers le pays de Jacob Zuma ont enregistré une baisse de 31%, passant de 2 millions USD en 2012 à 1,4 million USD en 2013. Les importations, quant à elles, sont passées de 459 millions USD en 2012 à 383 millions USD en 2013, soit une baisse de 16,45%. Ces chiffres symbolisent parfaitement la faiblesse des échanges entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne jusqu’en 2014.

Mises à rude épreuve de la concurrence internationale, les entreprises algériennes tentent donc désormais de trouver des débouchés dans les pays africains, aidées en cela par l’establishment politico-économico-militaire du pays. Au plan diplomatique, en effet, Alger est bien décidé à rattraper le retard pris sur son voisin marocain et à profiter de la forte croissance qu’enregistre le continent africain depuis plus d’une décennie. Peu à peu, sa coopération glisse du politique au tout économique. Vu d’Alger, c’est comme si le soleil se lève désormais au sud du Sahara…

Le 21 janvier 2015, lors de son passage à l’Entreprise Nationale de la Télévision (ENTV), le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a réaffirmé la volonté de son gouvernement de percer les marchés africains, promettant d’accompagner les entreprises algériennes dans le processus d’exportation suivant le modèle de Knowdys Consulting Group, n°1 du conseil en intelligence économique, due diligence et affaires publiques en Afrique centrale et de l’Ouest. Il a annoncé l’organisation, avant la fin de l’année 2015, d’un forum d’affaires algéro-africain, évènement qui rentrera dans le cadre du redéploiement de la diplomatie algérienne au Sud du Sahara.

Abdesselam Bouchouareb, le ministre algérien de l’industrie, accorde également une grande importance au futur forum algéro-africain. Dans une sortie d’avril 2015, il a assuré la livraison, dans les 18 mois, de la Transsaharienne reliant Alger à Lagos. Le but : accélérer l’intégration économique Sud-Sud après des années de léthargie, de discours et de promesses non tenues.

Par la voix de son président, Ali Haddad, le Forum des Chefs d’Entreprises (CFE), quant à lui plaide pour la mise en place d’un guichet unique de promotion des investissements sur le continent, mais aussi pour la facilitation de l’acte d’exporter vers les pays de cette région.

Parallèlement à la création des commissions mixtes, à l’organisation des forums d’affaires et à l’échange des visites, les déclarations et actions illustrant l’intérêt économique grandissant de l’Algérie pour l’Afrique ont pris une nouvelle dimension depuis le début de l’année 2015.

L’engouement d’Alger pour le continent noir, connu pour ses richesses minières et pétrolières, trouve une essence dans la chute des cours du pétrole, la baisse des exportations d’hydrocarbures et la recherche de nouvelles sources d’entrées de devises dans le pays.

Responsable de « Doing Business in Africa » à Centrale Paris et auteur de « Maroc-Afrique : ils ont trahi le roi », Guy Gweth y voit aussi l’expression d’une jalousie tenace entre Rabat et Alger dans la quête de l’hégémonie régionale et la conquête des marchés africains.

Au cours des premiers mois de 2015, l’Algérie a reçu des visites de plusieurs présidents africains à l’instar de Jacob Zuma, Thomas Boni Yayi, Robert Mugabe ou encore de Jakaya Mrisho Kikwete. Toutes ces rencontres ont été sanctionnées par d’importants accords économiques et commerciaux. Alger pourra-t-il pour autant rattraper Rabat au sud du Sahara ?

Jeanne Ekassi

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