[Africa Diligence] A la faveur de la dernière session de l’université Senghor de la Francophonie tenue à la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, Pr Ababacar MBENGUE, CEO de Knowdys, a accordé un entretien exclusif au magazine « Indice qualité ». Morceaux choisis d’une analyse fine de la mise en application de la démarche qualité dans les entreprises et administrations publiques africaines.

Que représente la démarche qualité pour vous ?

La démarche qualité, c’est l’idée d’amélioration continue. On ne se satisfait pas de l’existant, on est toujours dans une démarche d’amélioration. Et, à cet égard, pendant très longtemps, les reproches qu’on pouvait faire aux Africains, c’est de se contenter de trop peu, c’est de ne pas être exigeant en termes d’excellence. Il faut viser l’excellence et ne jamais se satisfaire de l’état dans lequel nous sommes. Cet état d’esprit consiste à dire qu’il faut toujours chercher à s’améliorer. C’est un état d’esprit qui est au cœur de la démarche qualité, et c’est quelque chose dont nous avons besoin en Afrique, parce que d’autres sont partis avant nous, d’autres se sont réveillés avant nous. Nous sommes dans un monde où nous n’avons pas de temps à perdre, parce que personne n’est en train de nous attendre, nulle part.

Cela fait combien de temps que vous exercez dans ce domaine d’activité qui est la qualité?              

Le lancement du Master management stratégique des ressources humaines et de la qualité date de l’année 2000. Cela fait donc plus de 15 ans que j’exerce dans le domaine de la qualité.

Est-ce que vos différentes structures entreprennent la démarche qualité ?

On a pour habitude de dire que les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés. Mais en ce qui nous concerne, nous sommes engagés à fond dans l’esprit qualité. La logique est là ; la démarche est là. Mais rappelez-vous que la démarche qualité, c’est quelque chose qui n’est jamais abouti, c’est-à-dire qu’on n’est jamais satisfait. On est toujours dans la logique d’amélioration continue et nous passons notre temps à nous dire ‘’qu’est-ce qu’il manque ?’’ ‘’qu’est-ce qu’on peut ajouter ?’’. Et pour cela, nous réfléchissons sur notre propre pratique, nous regardons autour de nous les bonnes pratiques, ce que les autres font. Nous allons très loin, en Europe, au États-Unis, en Australie et en Asie ; nous sillonnons l’Afrique, nous allons dans nos villages, nous regardons dans notre passé pour savoir ce qu’on peut avoir comme élément d’amélioration ? Nous sommes vraiment dans cette logique d’amélioration. Nous sommes actifs dans la démarche et nous considérons qu’on ne peut jamais se satisfaire de la situation dans laquelle nous sommes, qui est toujours à améliorer. La démarche qualité est clairement en nous.

Selon vous, les Africains pourront-ils un jour accepter la démarche qualité dans leurs activités ?

Je suis optimiste et je réponds oui. Mais ça ne sera pas facile. C’est quelque chose d’extrêmement important parce que le reproche qu’on pouvait faire aux Africains, c’était de se contenter de peu, de ne pas avoir cette exigence d’amélioration. Donc il y a une exigence très forte, une nécessité très forte, mais que les Africains ont déjà adopté. C’est une affaire de pédagogie, d’explication, c’est-à-dire de montrer aux gens que c’est quelque chose qui a existé bien avant en Afrique. Ce n’est pas une nouveauté, ce n’est pas quelque chose qu’on importe du Japon. C’est-à-dire l’exigence de faire des choses bien, c’est quelque chose que nous avons dans nos familles et nos éducations. Nous savons tous ce qui est propre, ce qui est sale, ce qui est beau, ce qui est laid, et donc nous avons toujours dans notre entourage, dans les coins les plus reculés, dans les familles les plus modestes, des modèles, des gens qui nous ont poussés à être propres, à être bien, à nous améliorer. Donc ce n’est pas une découverte. Et quand on regarde l’Afrique, cette démarche qualité, elle est présente. Il s’agit juste d’expliquer aux gens que dans de nombreuses situations, ils ont intérêt à s’inscrire dans cette logique-là plutôt que de vouloir avoir tout très vite, de manière médiocre, etc. On peut viser la qualité, et la qualité paie.

Pouvez-vous nous parler de vos différentes structures CEO de Knowdys, la Société Africaine de Management ? Où sont-elles basées?

La Société Africaine de Management (SAM) est basée à la fois en France, en Afrique, c’est-à-dire dans les différents pays de l’espace CAMES (Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur). Nous sommes présents à Dakar, à Ouagadougou, à Douala, à Cotonou. Nous sommes présents à Abidjan. Nous organisons des conférences africaines de management ; nous venons de terminer la troisième édition. La première édition s’est déroulée en 2013 à Dakar, la deuxième s’est déroulée à Cotonou en 2014, la troisième s’est déroulée en mai 2015 à Douala et la quatrième se déroulera à Ouagadougou en mai 2016. La SAM était, au départ, un regroupement d’universitaires et chercheurs, des enseignants, des formateurs. Et c’est ce regroupement s’est ouvert sur la société civile, auprès des décideurs publics et privés. Parce que, quand on dit que l’Afrique est malade du management, il faut utiliser du management pour faire de la recherche, pour former, mais également pour améliorer les pratiques, pour aller au contact des décideurs publics comme privés. Le cabinet Knowdys est un cabinet d’intelligence économique et de ce qu’on appelle la due diligence. C’est-à-dire vous avez un partenaire ou un client, vous allez utiliser des techniques de renseignement militaire pour recueillir des informations sur la qualité de ce partenaire ou client. Est-ce que c’est quelqu’un de solide, est-ce que sa fortune n’est pas liée à la drogue ou à des activités criminelles ? Donc c’est ce que nous faisons, et nous sommes leader en Afrique subsaharienne sur l’intelligence économique et la due diligence. Outre Wilmington, le cabinet est basé en France et au Cameroun. Et nous avons pour projet d’ouvrir prochainement des antennes à Dakar et Casablanca.

A quand l’ouverture d’une antenne à Abidjan ?

Pour l’instant, Abidjan n’est pas concerné, mais des choses extrêmement importantes vont se passer à Abidjan. Pour commencer, Abidjan est dans l’agenda à court terme de la SAM parce que nous avons en projet d’organiser très prochainement la conférence africaine de management à Abidjan. Nous avons un projet dans la formation. Donc c’est à la fois à la SAM et au cabinet Knowdys de développer la formation supérieure au management en lançant deux programmes importants. À savoir le premier programme, c’est un exécutif MBA et le deuxième programme, peut-être plus important pour l’Afrique, c’est de lancer un DBA, un doctorat en business administration. Le DBA, c’est un doctorat professionnel. Le principe est de sélectionner des dirigeants qui ont une expérience solide, qui ont du potentiel, qui ont du vécu afin de les accompagner dans le travail de la formation continue, aboutissant à une thèse qui va montrer ce qu’ils ont fait et qui va servir d’exemple, de modèle. Quelque chose qu’on puisse enseigner aux jeunes générations. Et Abidjan va être la place tournante des activités de la société africaine de management (SAM).

Qu’attendez-vous des dirigeants africains concernant la qualité ?

Quand on me pose des questions comme ça, j’ai tendance à répondre que je n’attends rien. Pourquoi je dis ça ? Parce que le travail, c’est ‘’qu’est-ce que j’attends de moi ?’’ ‘’qu’est-ce que j’attends de nous comme travail pour amener les dirigeants publics comme privés à renforcer leurs compétences ?’’ La balle est dans notre camp, c’est-à-dire que c’est à nous de voir par quel chemin il faut passer pour convaincre les dirigeants publics comme privés de la nécessité d’entrer dans la démarche qualité. Nous ne leur demandons rien, nous ne sommes pas en attente de ces besoins. Ou plutôt, nous leur demandons poliment de nous recevoir, de nous écouter, de réfléchir sur ce que nous leur disons et ce que nous leur montrons. Mais le travail, c’est nous. Ce que nous attendons des Africains, qu’ils soient dirigeants publics ou privés, ce que nous attendons des jeunes africains, actifs ou en quête d’emplois, c’est qu’ils se prennent en charge. Qu’ils aient confiance en eux-mêmes, qu’ils se mettent en mouvement pour avoir des objectifs extrêmement ambitieux et qu’ils soient dans une logique d’amélioration continue pour concrétiser la démarche qualité à travers la formation, à travers une démarche d’amélioration continue.

Quelles sont vos perspectives en tant qu’expert en qualité ?

Mes perspectives sont très optimistes, c’est-à-dire que, si je réponds en termes de résultats qui sont attendus, l’Afrique a les moyens et l’Afrique assumera le leadership au plan mondial. Mon objectif, c’est à la fois une ambition, un espoir, un rêve et même une prémonition. C’est-à-dire : je sais que cela se réalisera. Mais cela ne se réalisera pas parce que les Africains croiseront les bras et ne travailleront pas ; ils doivent avoir confiance en eux-mêmes, avoir des objectifs extrêmement ambitieux, être déterminés à atteindre ces objectifs et ils doivent travailler dur pour atteindre cette prémonition. Ce rêve sera une réalité. Mes perspectives, c’est de travailler dur, d’être dans une logique d’amélioration continue, dans une logique de démarche qualité pour construire cette prémonition et, pourquoi pas, la vivre.

Entretien réalisé par Ismaël DIABY

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