Dans la dernière livraison du Département de la recherche de l’AFD intitulée « La diversification des exportations en zone franc : degré, sophistication et dynamique », Nicole MADARIAGA, Christophe COTTET et Nicolas JEGOU comment la diversification des exportations joue un rôle majeur dans la dynamique de croissance africaine.

Quelques matières premières et produits primaires

On sait que les exportations des pays africains de la zone franc sont concentrées sur quelques matières premières et produits primaires, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux variations des cours mondiaux. Mais l’intérêt de cette étude est qu’elle ne se contente pas de décrire cette concentration des exportations : elle suggère, en effet, que leur « sophistication », même à partir d’une situation peu diversifiée, peut générer de l’apprentissage et enclencher un processus d’innovation et de montée en gamme technologique, qui contribue à son tour à la diversification.

Les auteurs décomposent la croissance des exportations entre une marge dite « extensive », qui caractérise le développement de nouveaux produits, et une marge « intensive », qui consiste à s’appuyer sur les produits traditionnels. Ils distinguent aussi, dans cette dernière option, les stratégies fondées sur quelques produits phares, qui peuvent sous-tendre la croissance.

Leur analyse met en évidence la variété des trajectoires des pays de la zone franc entre 1996 et 2007. Plusieurs pays – comme le Togo, le Burkina Faso, le Niger, la Guinée-Bissau ou la République centrafricaine – n’ont connu aucune diversification. D’autres, comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Gabon, ont surtout intensifié leurs exportations traditionnelles.

Le rôle majeur des politiques

Dans le reste de la zone franc, les nouveaux produits ont joué un rôle déterminant sur des modes différenciés : remontée de filière pour la Guinée équatoriale (gaz et méthanol) et le Congo (cobalt et cuivre) ; recomposition des exportations pour le Bénin, et surtout pour le Tchad, avec la substitution du pétrole au coton ; consolidation des exportations d’or naissantes pour le Mali ; ou diversification par des nouveaux produits au Sénégal.

Ces résultats suggèrent plusieurs pistes de réflexion. Les politiques publiques ont un rôle majeur à jouer pour lever les obstacles, promouvoir la compétitivité et diffuser les bénéfices de la diversification. Cette dernière peut théoriquement se produire par les services, mais ceux qui sont exportés font appel à une main d’œuvre souvent qualifiée et il est douteux que ces services puissent autant contribuer aux besoins de créations d’emplois qu’une industrialisation réussie.

Enfin, la diversification porteuse de croissance requiert plusieurs conditions simultanées, comme la consolidation de la base traditionnelle d’exportations et le développement pérenne de nouveaux produits. Aucun pays de la zone franc n’a pu, pour l’instant, satisfaire tous ces critères à la fois, mais cette étude met en évidence quelques évolutions, certes incomplètes mais prometteuses.

(Avec Pierre JACQUET, AFD)

Télécharger l’étude: « La diversification des exportations en zone franc : degré, sophistication et dynamique. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici