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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Géostratégie: vers plus de guerre pour moins de pétrole

Depuis la nuit des temps, les hommes font la guerre pour voler à leurs voisins les richesses dont ils disposent. Pourquoi aujourd’hui, alors que le pétrole et l’eau s’épuisent au même rythme que la banquise fond, l’homme changerait-il ?

Le pic de production ? C’est déjà maintenant…
Alors que mille explications conjoncturelles fantaisistes sont apportées pour justifier la hausse du prix du pétrole, l’explication structurelle la plus crédible est écartée : l’épuisement des ressources pétrolières.

Le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite, le plus gros gisement de pétrole au monde sur lequel repose tous les espoirs de croissance de la production mondiale de pétrole, semble ne plus vouloir répondre au caprice de la demande exponentielle depuis 2006. De même, le plus gros champ pétrolier du Mexique, Cantarell, a connu une baisse de production brutale depuis 2004. Le deuxième champ pétrolier au monde, le champ de Burgan au Koweït aurait lui aussi atteint son pic de production depuis peu. La production pétrolière de la mer du Nord baisse déjà depuis 1999.

La liste des pays qui ont atteint leur pic de production pétrolier est de plus en plus longue et laisse de moins en moins de place au doute.

Duel discret, en l’absence totale de règles
En apparence, personne ne s’inquiète du pic de production du pétrole. Pas de panique, pas de stock pétrolier faramineux, pas de rush pétrolier, mais derrière cette hausse du prix du litre d’essence, une guerre discrète et néanmoins violente a lieu pour les derniers barils de pétrole disponibles.

D’un point de vue politique, deux champions s’opposent :

– Le champion d’hier : les USA qui, depuis deux siècles, ont toujours su prendre les virages stratégiques importants.

– Le champion de demain : la Chine, qui au-delà de son milliard trois cent millions d’habitants, est surtout capable de construire une politique à très long terme. Et ça peu de pays sont aujourd’hui capables de le faire.

Il y a deux challengers : l’Inde qui a une nécessité vitale d’énergie pour sa croissance et la Russie que l’on oublie un peu vite mais qui bâtit pourtant son retour autour de l’énergie.

Ne vous y trompez pas car même si leur guerre est discrète, elle n’en est pas moins brutale, et leur seule règle demeure l’absence totale de règles.

La malédiction des derniers barils
Les compagnies pétrolières sont en première ligne dans cette guerre pour de nouvelles ressources. Elles ne sont pas toujours conscientes des enjeux globaux, mais bien au fait cependant de la difficulté de trouver de nouvelles ressources. Ainsi, elles forent massivement les derniers champs pétroliers accessibles.

Accessibles techniquement : les nouvelles ressources sont de plus en plus complexes à exploiter et donc de plus en plus chères. Il est facile à concevoir qu’un baril, que l’on va chercher à 2 kilomètres sous la mer ou 6 kilomètres (offshore ultra-profond) sous la terre, va coûter plus cher qu’un baril extrait sur terre après un simple forage. L’investissement change d’échelle, on passe des millions aux milliards de dollars.

Accessibles politiquement: le problème pour une partie des compagnies pétrolières est d’avoir le soutien politique nécessaire pour s’aventurer sur les derniers territoires où des ressources sont encore disponibles. C’est le cas des pays aux climats géostratégiques à haute tension dans lequel même une multinationale peut perdre jusqu’à son dernier « bouton de culotte » tellement la tectonique des plaques entre ces géants est puissante. Ces derniers barils de pétrole ont toutes les chances d’être une malédiction pour les pays qui possèdent ces dernières réserves mondiales.

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Les conflits régionaux vont se multiplier
Depuis la nuit des temps, la première raison pour faire la guerre à son voisin reste la convoitise : hier convoitise de l’or ou de la nourriture, aujourd’hui convoitise du pétrole. Le lien entre guerre et ressources n’est pas nouveau mais risque d’être, encore un peu plus qu’hier, à l’origine de nombreuses guerres pour contrôler les derniers champs pétroliers et les axes stratégiques nécessaires à leur transport. Pas de grande guerre comme la guerre froide l’a imaginé, mais des petits conflits régionaux toujours plus nombreux, affaiblissants encore un peu plus de nombreux états déjà en situation critique. Ceci va considérablement augmenter le chaos alors que le problème de la production d’énergie s’ajoute à d’autres problèmes majeurs comme celui de l’eau, de la pollution sur fond de croissance de la population mondiale.

Nous sommes à un virage crucial
Je suis tous les jours étonné par la quasi naïveté de la vision à long terme de nombreux industriels et gestionnaires. L’analogie qui me semble la plus appropriée est celle de l’apparition du chemin de fer ou de l’automobile et de ceux alors qui continuaient à croire à l’avenir de la traction animale.

Aujourd’hui le virage est aussi important. Le pétrole est encore présent, mais la production va se tarir petit à petit, les guerres vont se multiplier dans les pays producteurs et les nouvelles ressources pétrolières seront de plus en plus chères à extraire. Ainsi, le monde de l’énergie va être considérablement modifié et le monde économique subira un impact énorme.

L’avenir appartient aux visionnaires
Les six dernières années étaient celles des précurseurs, les années à venir sont celles des suiveurs, et après viendra celles de la masse. Il sera alors trop tard ! Si vous étiez dans le train au départ ce n’est pas le moment de descendre, si vous l’avez loupé c’est le moment de monter, en effet il n’y aura pas de troisième arrêt.

Sources: Thomas Chaize

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