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L'Edito de Guy Gweth

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Hollande aux obsèques de la Françafrique

Pour son premier voyage en terre africaine, en qualité de chef de l’exécutif français, François Hollande souhaite réparer le discours de Dakar 2007 et tourner définitivement la page si houleuse de 50 ans de Françafrique. Parviendra-t-il ?

Le pays choisi par François Hollande pour inaugurer son premier déplacement en Afrique ne doit rien au hasard. C’est au Sénégal, à Dakar, là même où Nicolas Sarkozy avait annoncé en 2007 que « l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire », que le président socialiste a décidé de prononcer son premier discours en terre africaine. Même s’il assure ne pas se rendre en Afrique pour se « différencier » de ses prédécesseurs, mais pour porter le « message de la France aux Africains », la volonté du président de tourner définitivement la page houleuse de cinquante ans de Françafrique ne fait aucun doute.

Sa ministre déléguée à la Francophonie s’est d’ailleurs chargée de le rappeler dès la semaine dernière : « L’Afrique et la France ont été humiliées par le discours de Dakar », a souligné Yamina Benguigui. « Il faut pouvoir apaiser les choses, apporter de nouveaux mots, avoir un nouveau langage et définitivement se débarrasser des oripeaux du colonialisme », a-t-elle ajouté. « Même s’il ne devrait pas porter de référence à Nicolas Sarkozy, il est évident que le discours de Dakar de François Hollande vise à réparer celui de 2007″, souligne Philippe Hugon (1), directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). D’après ce spécialiste de l’Afrique, « ce discours devrait se référer à la démocratie, aux droits de l’homme et la modernité de l’Afrique ».

Second discours de Dakar

Pour François Hollande, le Sénégal est d’autant plus incontournable qu’il a récemment « fait la démonstration de sa capacité à faire vivre la démocratie ». Une référence à l’élection présidentielle de mars 2012, qui a vu Macky Sall mettre fin dans les urnes aux douze années de règne d’Abdoulaye Wade. Mais si cette première destination fait l’unanimité, ce n’est pas le cas de la seconde. Et pour cause : à l’occasion du 14e Sommet de la francophonie, le président doit se rendre samedi en République démocratique du Congo (RDC), un pays pointé du doigt pour ses violations répétées des droits de l’homme.

François Hollande doit y rencontrer le président Joseph Kabila, réélu en novembre 2011 au terme d’un scrutin entaché de fraudes. Cette perspective a provoqué l’ire de nombreuses ONG congolaises, qui y ont vu une « caution » apportée par la France à l’autoritaire président congolais. « La politique de la chaise vide eût été une grave erreur », estime pourtant Philippe Hugon. « Moteur de la francophonie, l’absence de la France n’aurait pas été comprise par les autres pays participants. » Avec plus de 73 millions d’habitants, la République démocratique du Congo demeure en effet le premier pays francophone d’Afrique.

Cautionner un dictateur

« Dans quelques années, [il y aura davantage de francophones] en Afrique qu’en France », a ainsi tenu à rappeler mardi François Hollande. Conscient néanmoins du caractère hautement polémique de sa visite, le président français a prévu de ne rester qu’une seule journée en RDC et n’a pas épargné le gouvernement congolais. En témoigne sa condamnation, dès mardi, de la « situation inacceptable sur le plan des droits de l’homme, de la démocratie et de la reconnaissance de l’opposition » dans le pays. Des propos qui n’ont pas du tout été du goût de Kinshasa, jugeant qu’ils ne correspondaient à « aucune réalité ». « Nous sommes le pays le plus avancé dans les droits de l’opposition », a assuré le gouvernement congolais.

Cela, François Hollande va pouvoir en juger par lui-même en rencontrant samedi les dirigeants de sept partis d’opposition représentés au Parlement ainsi que des ONG de défense des droits de l’homme. « La difficulté pour François Hollande est de devoir jongler entre un discours universaliste tout en défendant les intérêts stratégiques et économiques de la France », analyse le journaliste et écrivain Antoine Glaser (2). Et avec les plus importantes ressources en minerais d’Afrique, la RDC vaut le détour. Or, excepté Total, le pays échappe aujourd’hui largement à la France, au profit de puissances émergentes comme la Chine, l’Inde et le Brésil.

« Normalisation » de la politique africaine

À la différence de l’époque Sarkozy, ces dossiers ne sont plus le pré carré de l’Élysée. « On assiste à une normalisation de la politique africaine, désormais traitée au Quai d’Orsay et au ministère du Développement », note Antoine Glaser. D’ailleurs, le profil altermondialiste du ministre chargé du Développement, Pascal Canfin, tranche avec celui des ex-conseillers élyséens et autres locataires du ministère de la Coopération, surnommé à l’époque le « ministère de l’Afrique ». Moins « africanophile » que Nicolas Sarkozy, qui entretenait des liens privilégiés avec plusieurs dirigeants du continent, François Hollande perpétue pourtant la tradition franco-africaine en ayant reçu, depuis son élection, plusieurs chefs d’État africains sur le perron de l’Élysée.

Ce fut notamment le cas du controversé président gabonais, Ali Bongo, le 5 juillet dernier. « Il ne faut pas y voir un retour de la Françafrique », estime toutefois Antoine Glaser. « François Hollande, qui connaît peu ces dirigeants, essaie de s’en tenir le plus à l’écart », note le spécialiste du continent. « Mais, l’Afrique se mondialisant extrêmement rapidement, il n’a d’autre choix que de les recevoir un par un pour gérer avec chacun des dossiers sensibles. Les dirigeants africains bénéficient désormais d’une marge de manœuvre qu’ils n’avaient pas auparavant : on peut parler de l’avènement de l’Afrique-France. »

 (Avec Armin Arefi)

 (1) Philippe Hugon, auteur du Géopolitique de l’Afrique (Éditions Armand Colin).

(2) Antoine Glaser, coauteur de Sarko en Afrique, avec Stephen Smith (Éditions Plon).

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