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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Intelligence économique en Nouvelle Calédonie: le récit de Marc-Hervé BLANCHET

50 Retours d’expérience en IE | « Connais ton ennemi et connais- toi toi-même, et tu pourras livrer cent batailles sans essuyer un désastre »  Sun-Tzu.

A l’heure de la fusion envisagée entre Xstrata et Glencore, en passe de créer le 1er groupe minier mondial, il est intéressant de revenir sur la prise de possession par Xstrata de la quatrième source mondiale de nickel, [1] le gisement de Koniambo, au Nord de la Nouvelle-Calédonie [2].

Le nickel est un élément fondamental dans toutes les industries. La sidérurgie (acier), l’agroalimentaire, la chimie, et de facto, présent dans tous les secteurs économiques (transports, médecine, informatique, etc.).

Depuis la période troublée de 1984-1988, le gouvernement français a engagé un processus politique unique au monde [3] qui a influé sur beaucoup d’évènements économiques de cette collectivité sui generis française.

Certains sites miniers sont la propriété de familles de colons enrichies qui les conservent jalousement à  travers des sociétés locales. C’est le cas de la Société Minière du Sud Pacifique (SMSP) appartenant à la famille de Jacques Lafleur, homme politique influent, qui la vend en 1990 à la Province Nord, sous la pression politique [4]. Le découpage du territoire en trois Provinces est le résultat des négociations politiques de 1988 (Accords de Matignon, Accord de Nouméa [5]).

La Province Nord, consciente des enjeux économiques, investit avec l’argent de l’Etat français, et la SMSP devient son fer de lance. Elle doit se constituer un patrimoine minier.

En 1994, la Société Minière du Sud Pacifique (SMSP) cherche donc un partenaire pour transformer le minerai directement sur la Province Nord, afin de créer un pôle économique s’opposant à celui du Sud, fidèle à la volonté de créer un équilibre entre le sud et le nord de l’île. La Société Le Nickel (SLN, groupe Eramet), plus ancien opérateur mondial de nickel, ne voit pas d’un bon œil l’arrivée d’un concurrent. L’Etat français doit intervenir.

Soutenu par les principaux partis politiques indépendantistes, les autorités coutumières ainsi que par les plus grandes centrales syndicales, alors en pleine négociation sur le statut du pays (Accords de Matignon), cette démarche aboutira au préalable minier de 1997. Un échange de massifs est acté entre la SLN et la SMSP qui devient propriétaire du massif du Koniambo (6).

A la suite de ce transfert, en 1998, la SMSP trouve en Falconbridge le partenaire idéal pour construire une usine de transformation près du massif (montage co-entreprise 51% SMSP, 49% Falconbridge, projet d’une valeur de 1,5 milliard USD). En 2005 la SAS Koniambo Nickel est créée pour un projet valorisé après étude à 2,2 milliards USD.

La SMSP n’est pas au bout de ces peines car en novembre 2000, elle perd plusieurs de ses cadres de direction dans un accident d’hélicoptère, dont son PDG Raphaël Pidjot.

Mais dès 2004, les cours du nickel s’envolent, rapprochements et fusions stratégiques s’enchainent. Falconbridge est absorbé par Noranda. Le groupe Inco (CVRD), en s’associant avec Phelps Dodge [7] tente de phagocyter Falconbridge pour 12 milliards de dollars, puis en association avec Phelps Dodge, offre 40 milliards de dollars.

Inco est présent en Nouvelle-Calédonie depuis 1902, et développe sur la province sud une usine novatrice pour le traitement des latérites à faible teneur en nickel. Cette absorption lui donnerait la main mise sur 2 sites producteurs importants de l’île. La SMSP doit trouver un chevalier blanc.

La SLN, elle aussi, via le groupe Eramet, tente de préserver ses ressources en faisant des pressions pour que lui soit confié l’exploitation du site Koniambo [8]. Mais durant l’année 2005, elle a subi plusieurs conflits syndicaux violents conduisant à la démission de son PDG d’alors, Luc Auffret, remplacé par Pierre ALLA, jusqu’alors Président de Goro nickel filiale d’Inco en Nouvelle-Calédonie ! Puis c’est Yves Rambaud, ancien PDG D’Eramet, et administrateur de la SLN qui quitte son poste quelques jours après Luc Auffret.

La SMSP et son partenaire Falconbridge vont, pendant 18 mois, de mars 2005 à août 2006, subir la pression des OPA. Finalement Xstrata réussira son OPA en juillet 2006, avec une offre cash de et parce que la direction de Falconbridge recommande au x actionnaires d’accepter celle-ci.

En 2006, l’Ecole de Guerre Economique a consacré un dossier sur la société Eramet, preuve que la maitrise des ressources stratégiques et les stratégies d’influence doivent se nourrir des outils de l’intelligence Economique.

Deux anciens de l’EGE [9], ont aussi décrit le paysage torturé de l’époque, où les stratégies affichées ont sans doute servi de leurres à des manipulations plus feutrées. Inco a sans doute orchestré des manœuvres de lobbying. Les nombreux mouvements de personnes, dans ces sociétés, ainsi qu’au gouvernement français sur cette période, montrent que les stratégies d’influence étaient omniprésentes. Les outils de l’intelligence économique auraient permis de détecter les prémisses des bouleversements du secteur minier. En observant les cours du minerai, en surveillant les leaders du marché, par l’écoute attentive des discours des directions de ces groupes, et aussi par une connaissance des particularités calédoniennes.

Souvent les intervenants font fi des autochtones et oublient que le rapport du faible au fort peut s’inverser soudainement si on ne maitrise pas les arcanes culturels locaux. Roadbridge, une société irlandaise qui vient d’être retenue sur appel d’offre international pour travailler sur le site de Goro (Vale Inco), en a fait l’expérience en Nouvelle-Calédonie il y a quelques temps [10].

Marc-Hervé Blanchet, de nationalité française, est né à Brazzaville au Congo. Multi-spécialiste chevronné, il est actuellement Directeur de CIPAC Services au sein du Groupe CIPAC à Nouméa (principale ville portuaire de Nouvelle-Calédonie). En plus de ses formations d’ingénieur informaticien (à l’Ecole Supérieure des Ingénieurs Commerciaux en Informatique) et d’ingénieur en Supply Chain Management (au Centre d’Etudes Supérieures Industrielles de Reims), Marc-Hervé Blanchet est diplômé de la très réputée Ecole de Guerre Economique de Paris. Ses travaux portent notamment sur l’intelligence économique comme outil intégré de Supply Chain Management.

***

Notes : documents en ligne consultés le 30 mars 2012

(1) http://www.croixdusud.info/economie/ni_res.php, http://www.maisonnouvellecaledonieparis.nc/site/nickel.php, http://www.mapsofworld.com/minerals/world-nickel-producers.html

(2) Source : http://www.koniambonickel.nc/index.php?option=com_content&task=view&id=39&Itemid=91

(3) http://www.elysee.fr/president/les-dossiers/outre-mer/avenir-institutionnel/comite-des-signataires-de-l-accord-de-noumea/les-accords-de-matignon.6547.html?search=Matignon&xtmc=accords_de_matignon&xcr=1

(4) http://www.smsp.nc/index.php?option=com_content&view=article&id=3&Itemid=38&lang=fr

(5) http://admi.net/jo/PRMX8800115L.html et http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/site/Media/Fichiers/Loi-99-209

(6) Accords de Bercy, Février 1998 sous la tutelle du ministre de l’Économie Dominique Strauss-Kahn, http://www.senat.fr/rap/r05-007/r05-0079.html

(7) http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/92391/opa-amicale-sur-falconbridge-deux-geants-miniers-s-unissent

(8) http://www.liberation.fr/economie/0101552274-derniere-bataille-pour-le-nickel-caledonien

(9) http://www.infoguerre.fr/industries-et-souverainete/mouvements-strategiques-dans-le-secteur-du-nickel/

 (10) http://nouvellecaledonie.la1ere.fr/infos/actualites/dehors-les-irlandais_89864.html

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