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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Conquérir les marchés africains? Oui, mais comment ?

Conquérir les marchés africains? Oui, mais comment ?

(Africa Diligence) En Afrique, les success stories des grandes entreprises dans des secteurs de la finance, de l’immobilier ou des télécommunications notamment boostent l’attrait des investisseurs pour le continent. A la suite des praticiens de Knowdys, Grant Thornton livre quelques recettes aux entreprises marocaines pour réussir en Afrique.

Pour Faïçal Mekouar, président de Grant Thornton Maroc, les entreprises marocaines ont des opportunités dans tous les secteurs. Il cite l’exemple du logement qui présente un grand déficit dans la plupart des pays. « L’expertise et le savoir-faire marocains sont très recherchés et les autorités publiques sont disposées à offrir des conditions très compétitives » explique-t-il à Médias 24.

Afrique francophone : les PME sont les bienvenues

Les banques et les assurances sont les premiers à être parties ; aujourd’hui, le système financier est installé, ce qui rassure davantage les entreprises. Toutefois, beaucoup sont encore hésitantes et craignent de prendre trop de risques. « Comme dans tous les pays du Sud, il y a quelques risques  qui sont naturellement évalués mais la rentabilité demeure intéressante » estime M. Mekouar. Et d’ajouter que le déploiement du système bancaire marocain apporte une grande sécurité financière aux investissements directs.

Quant à la question de savoir si le marché africain francophone est assez mature pour accueillir les PME, le patron de Grant Thornton Maroc rassure sur les possibilités pour les petites structures d’investir en Afrique : « Les grands groupes installés en Afrique attirent avec eux un ensemble de PME, généralement des sous-traitants qui naviguent dans leur sillage, tandis que d’autres groupes sont plutôt intéressés par une prise de participation ou le rachat de petites entreprises en Afrique. Par exemple, la Côte d’Ivoire connaît un des taux de croissance les plus élevés du continent et constitue un marché très intéressant. »

Sénégal : des besoins énormes en tourisme, agriculture et BTP

Le Sénégal fait également partie des favoris des investisseurs marocains. Outre la proximité et les bonnes relations entre Rabat et Dakar, le pays offre de grandes opportunités puisque tout reste à faire. Pape Ndiaga Mbengue, associé au bureau Grant Thornton de la capitale sénégalaise, explique à Médias 24 que la présence en force de Attijariwafa bank (dont le cabinet est le commissaire aux comptes) attire davantage de Marocains.

« Nous orientons nos clients vers le tourisme, l’agriculture et le BTP. La population est mal implantée et le pays n’a pas de plan d’urbanisme. Il y a un besoin énorme en logement et infrastructures, et en promotion de la richesse culturelle. L’agriculture reste une priorité gouvernementale. Parmi les habitudes alimentaires des Sénégalais, la consommation quotidienne de riz oblige le pays à importer 100 millions de tonnes de riz par an en provenance d’Inde. En outre, la stratégie du nouveau gouvernement mise sur l’exode urbain et encourage le retour vers les villages pour produire des fruits et légumes, notamment les oignons et l’arachide. »

Il ajoute que la fiscalité est également très intéressante : « Le pays applique de nombreuses réductions d’impôts (aucune taxe sur le matériel agricole) et des exonérations notamment à l’export. » Pour M. Mbengue, le pays présente peu de risques : « C’est essentiellement la difficulté d’accès à une information transparente qui freine les investissements étrangers, mais c’est là notre rôle en tant que conseillers en contact avec les autorités. C’est aux entreprises africaines de prendre des risques en Afrique. »

Togo : Lomé, la franche

Petit pays de 56.000 km2 et 6 millions d’habitants, le Togo dispose d’un atout principal : son port en eau profonde qui offre une ouverture sur tous les pays enclavés (Burkina Faso, Mali, Niger). « Togo Invest, la holding d’investissement du pays a misé sur un corridor – chemins de fer et routes –  pour faciliter le transport des marchandises » rappelle Constant Kobiédèma Awesso, administrateur général de Grant Thornton à Lomé.

L’autre grand avantage du Togo, c’est sa zone franche qui propose toutes les facilités fiscales et met à la disposition des entreprises des équipements pour les usines de transformation de matières premières. « En fait, tout le pays est une zone franche et plus on s’avance vers l’intérieur des terres, plus le régime fiscal est favorable. L’agriculture nécessite de gros investissements notamment dans le coton et l’élevage. Mais un grand projet agroindustriel serait l’idéal. La pêche est un secteur vierge, encore artisanal et insuffisamment exploité. Tout le poisson consommé est importé. Le Maroc pourrait profiter de son expertise dans le domaine pour pêcher sur les côtes togolaises » conseille-t-il.

Quant aux risques, M. Awesso est rassurant. « Nous essayons de réduire les risques au maximum : sécuriser l’appareil judiciaire et développer l’arbitrage. L’avantage du pays, c’est qu’il est très petit et donc les autorités sont accessibles. » Valéry Agnima Sindjalim, Senior Manager et juriste-fiscaliste pour le cabinet, ajoute que la stabilité politique et le droit OHADA, qui uniformise la législation de seize pays africains dont le Togo, favorisent l’investissement dans le pays. « Il y a possibilité de négocier des avantages fiscaux dans tous les secteurs » précise-t-il.

Algérie : des coûts d’énergie et de main-d’œuvre très compétitifs

Pour Rafik Boussa, associé au bureau Grant Thornton à Alger, « il y a une forte demande publique locale avec un plan d’investissement sur 10 ans (+420 milliards dollars). » Selon lui, la demande est solvable et le pays dispose de 200 milliards dollars de réserves en change, de quoi rassurer les entreprises marocaines souhaitant s’ouvrir au marché voisin.

Il conseille d’investir dans le tourisme, le BTP, la pêche, l’éducation et l’énergie. « Les 1.200 km de côtes algériennes sont encore sous-exploitées et le potentiel halieutique est énorme : le savoir-faire marocain est reconnu et le bienvenu » explique-t-il à Médias 24. En outre, M. Boussa ajoute que si l’Algérie est un pays émetteur de touristes, il n’arrive pas à les capter. L’agriculture manque également d’expertise et de savoir technique.

Il estime également que les risques sont faibles étant donné que le Maroc et l’Algérie font partie de la Zone arabe de libre-échange. Il précise toutefois que « lorsqu’il crée une entreprise en Algérie, l’investisseur étranger ne peut posséder plus de 49% des parts (70% pour l’import/export), mais il peut détenir le contrôle économique de l’entreprise avec les bons montages juridiques (remontée de dividendes grâce à un système de holding/filiale). »

Le seul risque reste celui du contrôle des changes : « Le dinar est librement convertible, ainsi le transfert de dividende dans l’import/export est conditionné par un justificatif de l’effort de l’entreprise concernée. » L’autre contrainte reste celle de la complexité de la réglementation fiscale. Mais le guichet unique de l’investissement permet de bénéficier de tous les avantages fiscaux.

Les avantages en termes de coût restent également considérables. Selon M. Boussa, « le coût de l’énergie – le litre de gasoil coûte moins cher que le litre de l’eau – et celui de la main-d’oeuvre – des jeunes très qualifiés et un SMIC de 180 euros – demeurent très attractifs. »

(Avec Najat Sghyar)

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