Du plomb dans les ailes sur le marché du poulet en Guinée

Du plomb dans les ailes sur le marché du poulet en Guinée

[Africa Diligence] Comment le système de contrôle de la qualité de l’Etat guinéen a-t-il pu laisser passer une vingtaine de conteneurs de poulets avariés à destination du marché d’Antag ? Alors que le sujet délie les langues à Conakry, le ministre de Commerce, Boubacar Barry, n’a pas voulu se dérober. Entretien à bâtons rompus.

 

Depuis le déversement de la vingtaine de conteneurs douteux, les populations font la queue pour s’approvisionner de cette denrée au risque de leur santé. Interpellé sur cette situation, le ministre du Commerce Boubacar Barry répond à nos questions.

Dites-nous : qui n’a pas fait son travail pour que ces poulets se retrouvent dans la poubelle de Combos alors qu’ils devraient être incinérés?

Je suis autant surpris que vous de savoir que ces poulets se sont retrouvés sur la décharge publique. Comme vous le savez, il y a des dispositifs réglementaires qui sont mis en place pour la destruction de tous les produits impropres à la consommation. Quand un produit est servi, il y a toute une procédure qui implique les services déconcentrés, les ministères concernés, les services de sécurité à travers la gendarmerie pour l’incinération des produits. Donc je suis autant surpris que vous de retrouver ces poulets sur le dépotoir de la minière alors que logiquement ce poulet impropre à la consommation devrait être incinéré.

Qu’est-ce qui a été fait par votre département en amont lorsque les poulets ont été déclarés impropres à la consommation ?

Vous savez que le système de contrôle de qualité est fait de manière à ce que chaque département ministériel spécifique dispose d’un laboratoire de qualité. Le ministère du commerce est assujetti à la loi 094 de 1994 qui fixe les conditions de suivi et de contrôle des denrées sur le marché. Le ministère de la pêche a son laboratoire et contrôle tous les produits halieutiques issus de leur activité, pareil pour le ministère de l’élevage.

Etes-vous mis au courant lorsqu’un conteneur chargé de produits destinés à la consommation alimentaire est importé sur le marché guinéen?

Nous disposons, au niveau du ministère du Commerce, de structures déconcentrées au port, à l’aéroport de Conakry, dans les frontières et dans un certain nombre de points stratégiques à travers le pays. Lorsque vous avez des conteneurs de viandes, de poulets qui arrivent au niveau du port de Conakry, les services du contrôle de qualité de l’Office national de contrôle de qualité n’ont pas accès à ces conteneurs. Ces conteneurs sont contrôlés par les services du ministère de l’élevage quand il s’agit de la viande ou de poulet ou du ministère de la pêche quand il s’agit des produits halieutiques. Parce que ces ministères-là disposent des laboratoires d’analyse, disposent des structures au niveau de ces différents points et également disposent d’une réglementation qui est codifiée par une loi qui permet de ce travail.

Donc la loi n’autorise pas les services de contrôle de votre département à faire ce travail ?

Les fonctions et les attributions de l’Office national de contrôle de qualité sont très bien limitées. Il est important de savoir que c’est l’Office qui est chargé de veiller à ce que les produits qui sont sur les marchés soient conformes et consommables.

Qu’est-ce que votre ministère entend faire pour retirer ces produits déjà sur le marché ?

Nous avons déjà saisi le ministère de l’élevage pour que nous mutualisions nos efforts pour assainir le marché. Les services de contrôle de qualité sont déconcentrés dans toutes les communes. Donc nous allons continuer avec l’appui des administrateurs des marchés à regarder ce qu’il y a comme dysfonctionnement. Il est de coutume sur le marché de saisir tous les produits qui ne sont pas propres à la consommation. Pour ce qui concerne la décharge, nous ne la gérons pas. Mais nous allons saisir le gouvernorat de Conakry pour prendre des dispositions qu’il faut en vue d’interdire l’accès à la décharge et aux populations désireuses d’aller s’approvisionner là-bas.

En claire la responsabilité de votre département n’est nullement pas engagée dans cette affaire ?

La responsabilité de mon département n’est nullement engagée dans cette affaire même si nos activités de contrôle sont complémentaires. Justement, c’est le fait que nous ayons constaté cette dissension au niveau du fonctionnement des différentes structures qui nous a amené à faire une proposition de loi pour pouvoir rendre plus cohérente l’intervention des différents départements dans le contrôle de qualité sur le terrain. Cette loi est en cours d’examen au ministère de la justice pour s’assurer de sa conformité avec la constitution et les lois en vigueur ; et nous la soumettre à l’Assemblée nationale pour qu’elle puisse être votée en remplacement des différentes lois qui sont en cours. Cela va permettre d’avoir une meilleure cohérence dans l’approche de contrôle de qualité au niveau du marché guinéen.

 

Entretien réalisé par Moussa Thiam