Pretoria a une idée : activer les fonds de pension pour relancer son économie

Pretoria a une idée : activer les fonds de pension pour relancer son économie

[CAVIE-ACCI] L’idée n’est pas nouvelle. Mais… En Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC) souhaiterait convaincre les fonds de pension et le ministère des Finances d’utiliser l’argent de ces caisses de retraite pour financer des projets de relance afin d’atténuer la crise liée au coronavirus.

En conférence de presse après son discours sur le budget post-Covid-19, Tito Mboweni, ministre sud-africain des Finances, a eu un moment de flottement. « Quelque chose a disparu de mon discours. Qu’est devenue la partie sur le règlement 28 ? Oh… pardon. On me fait signe…OK, je n’ai rien à ajouter sur cela. », s’interrompt-il.

Le sujet est sensible : le règlement 28 encadre les investissements que peuvent effectuer les fonds de pension, et dans quelle proportion. L’ANC aimerait le modifier pour permettre aux caisses de retraite d’investir dans les projets de relance du gouvernement. Car avec une dette qui devrait dépasser les 80% du PIB d’ici la fin de l’année, l’État est obligé de trouver de nouvelles ressources, selon l’économiste Jannie Rossouw.

« Les fonds de pension sud-africains comptent parmi les plus gros dans le monde. Comme le gouvernement a mal géré le pays et l’a amené au bord du gouffre fiscal, et que les impôts ne peuvent plus être augmentés, la seule source de financements qui reste, c’est les fonds de pension. », explique Jannie Rossouw.

L’ANC a notamment en tête le refinancement des compagnies publiques dans la tourmente, comme Eskom ou South African Airways. Et la crise du coronavirus sert d’excuse pour pousser cette politique, selon le député Geordin Hill-Lewis, du principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique.

Selon lui, « Investir l’argent des retraites dans de mauvais projets, qui n’auraient normalement pas reçu de financements, car ils sont mal gérés ou corrompus, c’est injuste pour les futurs retraités !  Le risque pour les Sud-africains qui mettent de l’argent de côté, c’est qu’une fois arrivés à la retraite, ils n’aient pas assez pour vivre convenablement. »

Sous l’apartheid, le gouvernement avait déjà obligé les caisses de retraite à investir dans ses projets. Désormais, l’ANC affirme qu’il n’est pas question de forcer la main aux fonds de pension, mais de leur offrir la possibilité de financer les infrastructures en changeant la législation. Si cette liberté est bien préservée, Martin Kingston, de l’organisation patronale BUSA (Business Unity South Africa), n’y voit pas d’inconvénient.

« Dans le contexte d’une stratégie pour se relever de la crise du Covid-19, il y a besoin de mobiliser des capitaux. Bien sûr, nous refusons les investissements forcés. Mais nous sommes d’accord si un allègement de la législation est effectué. Si les fonds de pension estiment que les infrastructures peuvent générer de bons rendements, alors ils devraient être autorisés à investir », explique-t-il.

Le président Cyril Ramaphosa mise beaucoup sur son programme d’infrastructures pour relancer le pays. Selon lui, une centaine de projets sont déjà prêts à être développés.

La Rédaction (avec Claire Bargelès)

 

 

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