[Africa Diligence] L’Afrique subsaharienne est en train de croître plus rapidement que la plupart des autres régions du monde. Un tiers des pays du continent ont connu une croissance de 6% entre 2012 et 2013. Mais la courbe ascendante du PIB n’est que très peu révélatrice du bien-être des populations. Elle est encore moins garante de la pérennité d’un tel essor. Dès lors, quel type de croissance peut réduire pauvreté et inégalités ?

À titre d’exemple, en République Démocratique du Congo, naguère véritablement naufragée, la croissance s’est élevée à 9% en 2014. Aujourd’hui, même la Chine jalouserait une telle performance.

La croissance du PIB n’est pourtant que très peu révélatrice du bien-être des populations, ni garante de la pérennité d’un tel essor. Et pour cause, l’Afrique fait face à un certain nombre de problèmes structurels importants, ce qui signifie qu’il faut repenser le fondement de ses économies. Le chômage y est prégnant : il atteint jusqu’à 48% en Afrique du Sud. Environ 41% de la population du continent vit encore sous le seuil de pauvreté. Enfin, l’Afrique a le deuxième niveau d’inégalité au monde, après l’Amérique latine.

Il faut se poser la question de savoir quel type de croissance peut réduire la pauvreté et les inégalités, tout en bénéficiant à tout le monde. Beaucoup d’économies misent sur les industries extractives. Même si elles représentent une bouffée d’oxygène, on sait très bien que ces industries ne produisent que très peu d’emplois, isolent les autres secteurs économiques et concentrent les richesses vers une minorité.

L’Afrique doit investir dans les secteurs qui font vivre la majorité des couches pauvres de la population, telle que l’agriculture qui emploie près de 65% de la force ouvrière. Mais la croissance doit également être porteuse d’emplois, irriguer les petites et moyennes entreprises et créer des ouvertures pour l’économie informelle, ainsi que pour les groupes exclus et marginalisés.

La croissance juste et soutenue résulte le plus souvent d’une combinaison de mesures visant à améliorer le niveau de vie des pauvres, tout en les impliquant dans la vie sociale et économique d’un pays. Cela peut vouloir dire introduire une « discrimination positive » en matière de propriété ou d’emploi dans le secteur public, ou encore mettre en place des impôts et filets de protection progressifs. De telles mesures sont importantes également pour protéger les plus vulnérables des désastres environnementaux et autres risques, et pour consolider la cohésion sociale.

Quoi qu’il en advienne, le chemin vers la croissance inclusive reposera sur la diversification des économies, la création de secteurs à plus hauts niveaux de productivité, et l’ascension de l’Afrique au sein des chaînes de valeur mondiales. Seuls des gouvernements compétents, engagés contre la corruption et orientés vers le développement seront capables d’impulser de telles politiques.

Enfin, la vision d’une Afrique unie et prospère dépend clairement de l’énergie créative de ses jeunes. En satisfaisant leurs rêves et aspirations les plus ambitieux, on pourra leur donner une chance de devenir des entrepreneurs et figures publiques tout en réinventant l’économie africaine. Ce faisant, l’Afrique minimisera la violence et l’instabilité, et elle pourra devenir un nouveau pôle de croissance inclusive et d’innovation.

Abdoulaye Mar Dieye

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