[Africa Diligence] « Lorsqu’on leur recommande le marché nigérian, ils évoquent la barrière terroriste et linguistique. Quand on leur confie que le Nigeria est le premier partenaire commercial de la France au sud du Sahara, ils s’étonnent. Dès qu’on leur parle de la taille du marché domestique et du coût de la main d’œuvre, ils comprennent que le Nigeria est vraiment la Chine de l’Afrique. Ici, les gains sont à la mesure des risques

Ce retour d’expérience est de Guy Gweth, fondateur de Knowdys Consulting Group, leader du conseil en intelligence économique et due diligence en Afrique subsaharienne. Pour lui, «le Nigeria est particulièrement mal servi par les médias internationaux. Dans le traitement de Boko Haram, par exemple, la plupart des grands médias présentent la situation comme si les terroristes irlandais empêchaient de faire des affaires à Londres… D’autres, à l’instar du Guardian ou de Bloomberg, voient dans la chute des cours du brut, le début de l’effondrement de l’économie nigériane. Dans un tel contexte, les entrepreneurs et les investisseurs qui ignorent que la plupart des journalistes qui écrivent sur le Nigeria n’y ont jamais mis les pieds ne peuvent que freiner des deux pieds. Notre devoir est de corriger cette erreur en rapportant les faits pour leur permettre de ne pas manquer le formidable virage du marché nigérian

Impossible, toutefois, de nier l’impact désastreux de la secte islamiste Boko Haram qui a considérablement réduit, voire anéanti les échanges frontaliers du Nigeria avec le Cameroun, le Niger et le Tchad. Ce problème, qui affecte avant tout les commerçants de la région, se répercute dans la cherté de certains produits de première nécessité tels que la lessive, les produits cosmétiques ou les médicaments. Mais la cause du problème est plus profonde.

Responsable du programme « Doing Business in Africa » à Centrale Paris et enseignant de géostratégie à l’université de Reims, Guy Gweth souligne que « la montée en puissance du Nigeria a toujours été mal vécue par ses voisins. Tous devraient normalement avoir une politique spécifique à l’égard du Nigeria. […] Aveuglés par les égoïsmes nationaux, poursuit-il, leurs dirigeants oublient que si ce pays explose, les éclats leur arriveront en plein visage.»

Le problème se pose différemment aux investisseurs et entrepreneurs non Africains qui tentent de pénétrer le marché nigérian. « Il faut dépasser l’écran de fumée », clament les experts-consultants de Knowdys qui rappellent régulièrement aux décideurs économiques internationaux que le Nigeria compte plus de 200 ethnies à considérer avec prudence dans la conduite des affaires, 36 États presqu’aussi différents les uns des autres que le Gabon et le Congo… Le trait est volontairement forcé pour chasser toute illusion, assure-ton chez le n°1 africain du conseil en intelligence économique et due diligence.

Conséquence, la conjoncture géopolitique au nord n’affecte que modérément celle du sud, du moins dans la vraie vie. Ce facteur fait partie des éléments qui expliquent que, malgré le risque perçu, le Nigeria reste le pays d’Afrique qui attire le plus d’investissements directs étrangers.

Mais « même en multipliant les nuances, reconnait Guy Gweth, il est impossible de ne pas voir que si le Nigeria – dont l’économie dépend à plus de 75% du pétrole d’après Knowdys – continue à puiser dans ses réserves au rythme actuel, il ne lui reste pas plus d’un an à tenir en théorie. »

En théorie, car dans les faits, précise le fondateur de Knowdys, ce serait une erreur pour un gros investisseur intéressé par l’Afrique de passer à côté du géant Nigérian. Guy Gweth s’exclame d’ailleurs ouvertement, lui qui a juré d’accroitre le nombre d’entreprises francophones au Nigeria : « comment voulez-vous négliger un pays dont la démographie pèse 1/6 de la population africaine, le PIB près de 70% de toute l’Afrique de l’ouest, des réserves prouvées de 36 milliards de barils de pétrole en plus des premières réserves de gaz et des ressources minérales, des terres cultivables hautement fertiles sur 80% du territoire et Lagos, une capitale économique, dont le dessein est de devenir la grande place financière du continent ? »

Il est impératif que la présidentielle du 28 mars se déroule avec le moins de dégâts possibles, et que l’Etat de droit reprenne ses droits et son territoire. Pour Knowdys, ces deux éléments sont capitaux pour assurer la communauté des investisseurs et les inciter à venir davantage au Nigeria.

Sanaa Benjelloun

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