[Africa Diligence] Comme Nelson Mandela, il ne perd jamais. Soit il gagne, soit il apprend. A 36 ans, Jack-Hermann Ntoko est Group Process Manager chez Euler Hermes, n°1 mondial de l’assurance-crédit, où il a débuté en 2006 après des études en ingénierie et business management en Grande Bretagne. Bien qu’optimiste, son analyse de l’émergence africaine est marquée du sceau de la prudence et de ce qu’il appelle « afro-réalisme ».

« Je suis né à Villeurbanne dans la région lyonnaise et je me suis formé en Angleterre où j’ai commencé à travailler après des études en ingénierie et business management » entame-t-il. Le Camerounais a, en effet, débuté sa carrière au sein de Travelex UK Ltd en tant que Chargé de la gestion de la clientèle étrangère. Entré en novembre 2006 chez Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, il est aujourd’hui Group Process Manager en charge de la mise en place de la stratégie commune de gestion contractuelle à travers les entités du Groupe.

« Avant d’occuper mon poste actuel, tient-il à rappeler, j’ai lancé ou contribué à la création de plusieurs entreprises dans des domaines variés : Sawa Sourcing Ltd en 2006 (clôturée) – Myron Capital Partners en 2013 (en cous de fermeture) et Myteamrecords Music Label en 2013 (en cours de création). Fils d’entrepreneur, l’échec ne l’effraye pas. « Je ne perds rien, soit je gagne, soit j’apprends », dit-il, reprenant ainsi la citation de Nelson Mandela devenue son crédo. « Mes échecs m’aident à apprendre et j’en tire des leçons pour la suite. Aujourd’hui, je me lance dans de nouvelles aventures entrepreneuriales tout en menant ma carrière », explique « l’afro-réaliste » qui a accepté de répondre à nos questions.

Africa Diligence : Croyez-vous en l’émergence économique du continent africain ?

Jack-Hermann Ntoko : Oui, l’émergence de mon continent, je veux y croire, je suis un afro-optimiste. Bien que nous sachions tous que les chiffres positifs de la croissance ne sont pas synonymes de développement et d’enrichissement au profit de tous. Pour ma part, ces chiffres ont le mérite de donner un regard nouveau sur l’Afrique. Certes,  il y a une image positive du continent  qui passe par le fait qu’on assiste à une croissance soutenue depuis des années, que le nombre de personnes rejoignant la classe moyenne grandit ainsi que leurs besoins, que la démographie est forte ou encore que le nombre de milliardaires est en hausse. On savait déjà que le sol africain était plein de ressources et de richesses, il faut à présent savoir que l’émergence ne peut pas se contenter des matières premières. D’autres critères doivent entrer en jeu pour soutenir cet élan. Je pense notamment à l’industrialisation, à une meilleure gestion de nos ressources et de ses recettes. Nous devons générer nos propres méthodes de financement, arrêter de dépendre des fonds étrangers, limiter la fuite des capitaux et peut-être avoir notre propre monnaie. Je pense également à la bonne gouvernance et à l’accès de tous aux soins de santé dans des institutions hospitalières performantes. Je n’oublie évidemment pas l’éducation, cœur du réacteur de notre développement. Je pense enfin au développement des infrastructures énergétiques et routières permettant d’améliorer les conditions de vie des populations et de développer l’industrie touristique locale. Il me semble, par ailleurs impérieux, d’aider les entrepreneurs locaux en favorisant la préférence africaine. Voilà une liste non exhaustive de points qui sont, à mon sens, tous aussi importants les uns que les autres pour booster notre émergence et la stabiliser durablement. Bien qu’étant Afro-réaliste, je suis conscient de la longue route à parcourir pour notre continent, mais cela n’entrave en rien mon optimisme.

S’il fallait vous aider à contribuer au développement rapide de l’Afrique, quels leviers pourrait-on activer ?

Il y a plusieurs leviers à actionner pour contribuer au développement de l’Afrique. Je citerai principalement les leviers économique, culturel, éducatif, financier et fiscal. Pour ma part, en rentrant sur le continent, j’actionnerai les leviers économique et financier, dans un premier temps, afin de participer à l’entrepreneuriat local et contribuer très concrètement à créer des emplois, à générer plus de recettes fiscales et à promouvoir une Afrique qui sait entreprendre, une Afrique jeune, forte et déterminée. Pour cela, j’aimerais rencontrer les bonnes personnes, à l’instar des jeunes leaders, des porteurs de projets innovants ou des personnes ayant réalisé leur « retour aux sources » avec succès, des opérateurs économiques et politiques dotés d’une excellente connaissance des réalités locales, de manière à pouvoir confronter mes idées aux leurs.

Si vous vous retrouviez à la tête de votre pays, dans les 24 heures, quelles seraient vos trois premières décisions ?

Moi Président, j’aimerais d’abord que l’on pense à des politiques communes africaines, que l’on mette en place un « New Deal » africain, avec de vastes reformes continentales dans le domaine financier, notamment, avec des échanges commerciaux intra-africains plus conséquents, avec une meilleure circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. Cela peut sembler lourd, mais il faudra s’y attaquer tôt ou tard. Toujours au plan de la cohésion panafricaine, nous devons nous déplacer comme les Européens sur leur continent, c’est-à-dire sans demande de visa pour aller d’un pays à l’autre. Ensuite, je favoriserais la création d’emplois avec un « New Deal » axé sur de grands travaux d’infrastructures impliquant les entreprises locales ou étrangères avec, dans ce dernier cas, une vraie politique de transfert de connaissances et de technologies. Moi Président, je développerais une politique industrielle similaire à celle qui a été mise en place par les Dragons asiatiques dans les années 90. L’objectif, au niveau macro, serait de devenir « l’Afrique usine du monde » et pas seulement « grenier du monde ». La transformation sur place de nos ressources naturelles serait l’un des moteurs de ma présidence.

Que pensez-vous de l’avènement du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique ?

Ce Centre permet d’obtenir des informations claires, précises sur l’économie africaine. Ses informations ne sont pas bridées par un quelconque courant d’influence. Il est important pour nous, Africains de la diaspora, habitués à voir l’Afrique uniquement au travers d’une lunette médiatique étrangère, de pouvoir confronter cette image avec des analyses faites par ce Centre africain de veille et d’intelligence économique. C’est une mine d’or d’informations qui me nourrit et me permet de douter, chaque jour, de ce que je lis où j’entends sur l’Afrique que ceci soit positif comme négatif. Je pense que la multiplication d’experts Africains dans ce domaine très pointu permettra au monde de mieux appréhender et apprécier la réalité des marchés africains.

Propos recueillis par la Rédaction

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