[Africa Diligence] Peut-on parler de « chefferies africaines » sans admettre, d’une part, que cette expression recouvre des réalités sociopolitiques extrêmement diversifiées et, d’autre part, que les formes du pouvoir politique qu’elles caractérisent sont rarement figées ? Comment alors, dans cet état, contribuer à une vraie compétitivité de l’Afrique? Réponse de chef aux Journées Africaines de l’Intelligence Economique (JAIE2019).

Les chefferies traditionnelles africaines subissent des contraintes historiques, démographiques ou simplement écologiques qui font d’elles un centre privilégié du dynamisme social. Mais rappelons déjà que cette expression a pour origine une attitude coloniale qui envisageait « l’autre dans le halo de l’exotisme » et qui visait à bâtir l’administration des territoires et des hommes.

La formule britannique indirect rule (gouvernement indirect) exprime bien le souci qu’avaient les colonisateurs de comprendre les institutions politiques africaines traditionnelles (par opposition à celles du monde européen) et de les utiliser, aussi diversifiées fussent-elles, de manière à mettre en place des formes de relais du pouvoir adaptées à chaque situation particulière.

Les Etats africains, en accédant à l’indépendance, ont perpétué cette approche du fait politique traditionnel et des besoin de traitement administratif. Aussi, convient-il de distinguer, dans la situation actuelle, les chefferies créées et mises en place depuis la colonisation de celles qui conserve leur authenticité africaine, quand bien même elles n’ont pu se soustraire aux pressions politiques contemporaines.

Au Cameroun, les chefferies traditionnelles sont un échelon de l’organisation administrative. Elles sont régies par un décret de 1977. La loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 assure la représentation des chefferies traditionnelles en prévoyant leurs présence dans les conseils régionaux. Les chefferies peuvent être du 1er, du 2ème ou du 3ème degré selon leur importance territoriale ou historique.

Jadis indispensables auxiliaires entre la population et le pouvoir colonial, aujourd’hui les chefs ont un statut d’auxiliaires administratifs. Ils servent de lien entre l’administration et les populations du village et elles ont encore autorité pour rendre la justice traditionnelle à travers le tribunal coutumier. Certains jouent également le rôle d’officiers d’état civil dans les centres d’état civile secondaires. De plus, les chefs conservent une forte influence morale et spirituelle sur leurs administrés, parce que garants des traditions.

Force est dont de constater qu’au Cameroun, ces entités sont dotées des pouvoirs administratifs, juridiques et d’une influence morale et spirituelle sur leur administrés qui leur confèrent un caractère sacré forçant le respect et l’écoute des populations. Cette situation de fait et de droit positionne tout chef traditionnel doté de leadership et de capacité managériale un acteur de la compétitivité locale, un atout dans le développement du village et du pays.

Le développement local ne saurait être effectif qu’avec une forte compétitivité au sens de la capacité économique d’une région, du dynamisme de son peuple à assurer durablement la production et de la présence d’un produit ou d’un service du terroir sur un marché en proie à la concurrence.

D’où la question des enjeux. De plus en plus les chefferies sont bel et bien conscientes des missions qui sont les leurs pour faire face aux défis de la décentralisation chaque jour plus effective. Pour y parvenir, elles se doivent de mobiliser la jeunesse autour d’objectifs plus réalistes et vraiment porteurs aux yeux de la majorité.

Les chefferies africaines doivent pouvoir se mobiliser et s’organiser en GIC et en regroupement de GICs dans la promotion des cultures à grande échelle qui répondent à la demande internationale, ainsi qu’au plan et à la stratégie du développement agricole du Cameroun. Or les chefferies sont laissées pour compte et ne sont pas toujours au fait des politiques de développement agricole.

C’est pourquoi nous interpelons tous les acteurs du développement agricole ainsi que tous les corps associés ; les élus locaux, les élites et forces vives à la mutualisation des forces pour une synergie de développement compétitif à travers :

  • L’élargissement de l’assiette fiscale
  • La Création d’un cadre micro- économique favorable aux affaires
  • La culture de l’innovation (utilisation des nouvelles technologies)
  • La limitation de l’impact des mesures non tarifaire (lever les mesures contraignantes)

En somme, les chefferies traditionnelles peuvent effectivement être acteurs de la compétitivité dans l’économie africaine, et dans leurs localités en particulier, si elles sont soutenues et remises à niveau pour répondre aux exigences des marchés par des organisations telles que le Centre Africain.

Quand bien même la signature des accords de partenariat entre l’UE et le Cameroun en 2016, soulève de nombreuses curiosités ; notamment sur leurs potentiels effets pervers sur l’économie Camerounaise, tout de même certaines mesures visant a améliorer la compétitivité des entreprise et le climat des affaires peuvent êtres a envisagées.

Sa Majesté Gédéon MOUSSINGA

Chef traditionnel de 2nd degré

Chef du Groupement Essankom par Endom

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