[Africa Diligence] L’ASS est la région du monde où l’investissement dans l’éducation est le plus rentable. Loin d’être une cause perdue, l’accès à une éducation de base de qualité pour tous est non seulement un investissement indispensable pour un développement dynamique et durable des sociétés mais un objectif à portée d’atteinte en ASS suite aux progrès significatifs accomplis dans un contexte peu favorable.

Une révolution silencieuse s’accomplit sous nos yeux. L’Afrique est en passe de réussir le défi de l’accès à l’éducation pour tous. L’analphabétisme recule. Le taux d’alphabétisation des 15-24 ans a progressé de 68 % en 2000 à 76 % en 2016. Le rythme est inédit dans l’Histoire. Il a fallu quarante ans aux États-Unis pour que le taux net de scolarisation des filles au primaire passe de 57 à 88 %. Le Maroc est allé quatre fois plus vite et a atteint ce niveau en onze ans seulement.

Depuis le Forum de Dakar, en 2000, en faveur de l’éducation pour tous, les progrès ont été considérables en termes d’accès à l’école primaire, presque à parts égales pour les filles et les garçons, en fonction des pays et des cycles d’enseignement. Les dépenses d’éducation ont augmenté. Les États africains y consacrent 250 dollars US par enfant et par an, et les familles 150 dollars US. Quant aux efforts de la communauté internationale, avec 5 dollars US pour le continent, ils ne sont pas encore à la hauteur des enjeux. Car la jeunesse du monde est d’abord africaine. Ils sont aujourd’hui 30 millions à arriver sur le marché du travail chaque année et seront 440 millions d’ici à 2030. La formation de cette jeunesse qui a soif d’insertion et d’émancipation est indispensable à l’essor du continent.

Aujourd’hui, le financement international en faveur de l’éducation revient en haut de l’agenda politique. Nous partons de loin. La part de l’éducation dans l’aide publique au développement mondiale a diminué de 30 % ces cinq dernières années pour représenter aujourd’hui moins de 7 %. Pourtant, la communauté internationale a reconnu l’éducation comme un objectif de développement durable à part entière, l’ODD 4.

À Ouagadougou, le Président de la République a qualifié l’éducation de «priorité absolue.» Les 1er et 2 février prochains, Dakar sera à nouveau la capitale mondiale de l’éducation. La France et le Sénégal co-organisent en effet le grand événement de reconstitution des fonds du Partenariat Mondial pour l’Éducation. Seul fonds dédié exclusivement à l’éducation, il cible les pays où trop peu d’élèves vont à l’école, notamment les plus pauvres et, en leur sein, les populations les plus fragiles.

L’école des autres nous concerne. D’abord, parce que l’école est un enjeu de société sous toutes les latitudes. Nous le savons. Elle est au fondement de notre République. Elle met à l’épreuve notre devise. De la réussite de tous les élèves dépend la cohésion sociale. Car une école qui fait réussir tous ses élèves, c’est une société qui se fait confiance. Pourquoi en irait-il autrement au Vietnam, en Haïti, au Liban ou au Mali?

Ensuite, la France a une expérience singulière qu’elle souhaite partager. Et en retour, elle peut en profiter pour s’inspirer de ce qui se fait de mieux à l’étranger. Bien souvent, l’Afrique qui émerge innove à pas de géant, notamment dans l’éducation. C’est le sens de l’action internationale renouvelée de la France en matière d’éducation que portent avec force et ambition Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale, et Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Enfin, les défis sont colossaux. En quantité: 170 millions d’enfants supplémentaires devront être scolarisés d’ici à 2030. En qualité également: en Afrique subsaharienne, 6 enfants sur 10 en fin de scolarité primaire restent en dessous du seuil minimum de compétences en lecture et en mathématiques. Partout où nous intervenons, la communauté éducative fait son maximum. C’est notre intérêt commun d’aller encore plus loin pour passer à l’échelle supérieure, au service des élèves.

La France peut entraîner ses partenaires. Pour traduire sur le terrain les priorités fixées par le Président (formation des maîtres, scolarisation obligatoire des filles), notre collaboration avec le Partenariat Mondial pour l’Éducation illustre tout l’intérêt d’articuler étroitement et efficacement fonds bilatéraux et multilatéraux. En effet, nous partageons le souci de nous aligner sur les politiques nationales des pays, gage de respect et d’efficacité. Nous cofinançons des projets au Niger, en Guinée, au Bénin et nous sommes complémentaires dans bien d’autres pays, en Côte d’Ivoire, à Madagascar, en République Démocratique du Congo. Ensemble, nos financements font levier et attirent des ressources supplémentaires.

Et pour la scolarisation des filles, le collège est aujourd’hui le combat-clé. Contrairement au primaire, les inégalités entre les filles et les garçons persistent encore fortement. Elles s’ajoutent à des inégalités territoriales (car il y a moins de collèges à la campagne qu’en ville), et des inégalités de revenus (en 2015, 54 % des enfants en âge d’être au collège étaient hors de toute structure éducative). Pourtant, achever le collège offre des compétences plus poussées pour trouver des formations et un emploi, être en meilleure santé, et exercer une citoyenneté active propice à la cohésion sociale et à la confiance dans les institutions.

Les familles ne s’y trompent pas. En Afrique subsaharienne, elles consacrent 30 % de leur budget au financement des études de leurs enfants. Une année d’éducation supplémentaire, c’est 10 % de revenu en plus (plus de 12 % en Afrique). Y a-t-il investissement plus rentable? Les décideurs et ceux qui les accompagnent, comme les agences de développement, doivent davantage s’appuyer sur ce secteur comme levier de transformation, d’émancipation et de confiance. C’est tout cela qui se joue à Dakar les 1er et 2 février prochains.

La Rédaction (avec Rémy Rioux)

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