[Africa Diligence] Durant la décennie écoulée, la Chine a été un acteur majeur des marchés agricoles internationaux. En 10 ans, évolution démographique et changements des habitudes alimentaires ont entrainé une augmentation significative des importations. Désormais, le pays de Mao entend moderniser son agriculture. Mais jusqu’où ?

Hormis sur les marchés des protéines et du soja, la Chine était jusqu’alors peu présente dans les échanges internationaux : elle produisait suffisamment pour répondre aux besoins de sa population. En moins de dix ans, le pays est devenu un acteur incontournable des marchés des matières premières agricoles.

Aujourd’hui, même si les prix domestiques chinois payés aux producteurs demeurent les plus élevés au monde grâce à une politique incitatrice de subventions incluant un système dit de « prix plancher, cela ne suffit plus pour assurer l’autosuffisance alimentaire. La surface agricole est limitée et la progression des rendements, via une meilleure technicité de la production, n’est plus assez rapide pour accompagner la croissance démographique. La pluriactivité des agriculteurs freine la professionnalisation des structures et leur modernisation.

Le secteur agricole n’arrive donc plus à répondre aux augmentations significatives de la demande, résultat d’une croissance démographique et d’une occidentalisation des habitudes alimentaires. En maïs par exemple, bien que deuxième producteur mondial derrière les USA, la Chine est passée d’un statut d’exportateur net au début des années 2000 à celui d’importateur récurrent, et ce malgré des récoltes solides en 2013 et 2014 qui ont permis de constituer des stocks très importants. En production de soja, les Chinois sont devenus les premiers importateurs mondiaux de graines en à peine quinze ans. Ils absorbent aujourd’hui plus de 60% des échanges mondiaux.

Le Comité central du Parti Communiste chinois s’est donc penché sur la question, et a annoncé en ce début d’année 2015 dans le « Document n°1 » qui présente les objectifs politiques du pays, la nécessité d’accélérer la modernisation de l’agriculture. Le gouvernement affirme sa volonté de professionnaliser les entreprises agricoles pour assurer un rendement optimal, tout en ayant développant les aspects qualité et traçabilité.

Alors on pourrait s’interroger : la modernisation de l’agriculture chinoise réduira-t-elle le rythme des importations ?

Cela semble peu probable. Les changements alimentaires de ses habitants devraient maintenir la Chine sur le podium des importations. En effet sur la base des chiffres actuels, il est tout à fait crédible d’envisager une hausse d’au moins 20% des besoins en viandes (porc, bœuf et volaille) à horizon 5 ans. De plus, les Chinois apprécient de plus en plus les produits laitiers, notamment les yaourts, les fromages et la poudre de lait infantile.

Les importations sont nécessaires pour sécuriser l’approvisionnement. Le pays ne dispose pas toujours de marge suffisante pour faire face au risque climatique malgré le financement d’une politique ambitieuse d’intervention associée à du stockage massif pour les produits prioritaires (blé, riz, maïs notamment…). En 2013 par exemple, les mauvaises conditions climatiques ont conduit à un déficit de blé de qualité sur le marché, entrainant le déclassement de 13 % des volumes.

Conséquence directe : la Chine a importé 8 millions de tonnes de blé soit plus de deux fois le volume normal, montant sur le podium des principaux importateurs mondiaux en 2013/2014 avant que la situation ne se détende au cours de la campagne 2014/2015.

 Le développement des importations répond également à l’enjeu de qualité, remis sur le devant de la scène en ce début d’année. Les derniers scandales sanitaires, et notamment la contamination supposée de protéines du lait, entrant dans la formulation de lait infantile, en provenance de Nouvelle-Zélande, ont incité le gouvernement chinois à diversifier ses sources d’approvisionnement pour limiter la dépendance du pays vis-à-vis du premier fournisseur mondial en poudre de lait.

Dès lors, les autorités chinoises se sont tournées vers l’Europe et la France en particulier, pays synonyme d’expertise qualité et de forte technicité au niveau des filières. Les Chinois vont jusqu’à investir dans les outils industriels en Bretagne et en Normandie pour maîtriser leur sourcing.

Enfin, une partie des importations est liée à des opportunités évidentes d’arbitrage entre des prix domestiques très élevés et des prix mondiaux nettement plus attractifs, même lorsqu’on y inclut les coûts logistiques au départ des USA ou d’Ukraine si l’on prend l’exemple du maïs ou de la France dans le cas des orges.

La densification des flux de matières premières agricoles vers la Chine est donc loin de diminuer et le pays devrait continuer d’influer de manière toujours plus visible sur les prix mondiaux. N’oublions pas que l’empire du Milieu représente plus d’un milliard de consommateurs potentiels, dont environ 550 millions de moins de 30 ans : c’est plus que la population totale des États-Unis.

 La Rédaction (avec Pierre Begoc)

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