[Africa Diligence] « Les cultures africaines à l’ère de l’émergence » : tel est le sujet traité par Prof. Jean Didier Boukongou le 19 juin au colloque international du CERDOTOLA 2015. Pour cet éminent professeur de droit international, « il est urgent que les industries culturelles africaines jouent le rôle de socle stratégique de l’émergence de l’Afrique en devenant un levier économique à part entière ».

Depuis trop longtemps le paradigme développementaliste, fondé sur l’exploitation des ressources naturelles, la mise en place des infrastructures et l’accroissement de l’offre énergétique, a accaparé les discours et les pratiques sur le développement de l’Afrique. La persistance dans cette voie, malgré les échecs, démontre qu’il s’agit d’une croyance profondément enracinée dans la pensée commune, a souligné Jean Didier Boukongou, Professeur titulaire de droit international à l’UCAC.

Il a poursuivi en relevant que même le « fameux » rapport Brundtland – tant vanté par les experts en développement – s’est trompé en confinant le « développement durable » dans l’espace conceptuel étroit de l’économique, de l’écologique et du social. À cela s’ajoute l’épaisse doctrine, médiatiquement assourdissante, sur la croissance économique tirée des revenus des exportations des matières premières. Et pourtant, pour les pays d’Afrique, les industries culturelles constituent un puissant levier de développement et un vecteur de diffusion de valeurs et d’imaginaire ainsi que de production de connaissances, a-t-il précisé.

Quoi qu’il en soit, il est urgent que les industries culturelles africaines jouent le rôle de socle stratégique de l’émergence de l’Afrique en devenant un levier économique à part entière, pourvoyeur d’emplois et générant une croissance durable. Pour l’heure, deux priorités doivent être traitées.

Il s’agit d’abord de structurer un cadre juridique et fiscal attractif aux industries culturelles en Afrique. Cela suppose, premièrement, une amélioration et une adéquation des instruments juridiques internationaux aux dynamiques de la mondialisation « culturelle », notamment au commerce international et à la propriété intellectuelle ; deuxièmement, il est nécessaire d’élaborer un nouveau droit des « investissements culturels » qui devra être principalement axé sur la valorisation économique du « capital culturel » et le développement d’une « fiscalité culturelle ».

Il s’agit ensuite de bâtir un environnement économique viable pour les « investissements culturels » en Afrique. Cela suppose, d’une part, de créer un environnement financier et bancaire tourné vers les investissements culturels et, d’autre part, d’élaborer et mettre en œuvre un plan de développement stratégique de l’émergence culturelle de l’Afrique, fondé sur la mise en place d’équipements en infrastructures technologiques, tout en renforçant les capacités des acteurs au plus près des réalités entrepreneuriales.

Au final, pour le Coordonnateur de la Revue Géopolitique Africaine, en agissant ainsi et tout en évitant les incantations verbeuses, les pays africains pourront renforcer leur compétitivité dans l’économie mondiale de la culture et asseoir, véritablement, une dynamique d’émergence porteuse de paix et de prospérité, pour les populations actuelles et les générations futures.

Jean Didier Boukongou est Professeur titulaire de droit international à l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC). Il exerce parallèlement des activités de consultance en qualité de Senior Manager Project en affaires internationales et études stratégiques. Il est également coordonnateur de la Revue Géopolitique Africaine, Directeur Général du Centre d’Expertise, de Management et d’Études Stratégiques (CEMES), Directeur de Brainpool Consulting & Lobbying et Directeur de l’APDHAC. Son dernier ouvrage s’intitule : Émergence de l’Afrique, Presses de l’UCAC, Yaoundé, mai 2015, 278 pages.

La Rédaction (Avec le CERDOTOLA)

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