[Africa Diligence] Investi président de la république fédérale du Nigéria le 29 mai 2015, Muhammadu Buhari a patienté 5 mois pour former son premier gouvernement. 20 semaines durant lesquelles l’opinion a attendu de voir dans quelle direction le général élu allait mener la première économie du continent. Face à la chute du baril, la menace terroriste et la baisse de la croissance, Buhari est-il armé pour rassurer les investisseurs ?

Considérant que son prédécesseur, Goodluck Jonathan, a laissé le Nigéria dans un état de sinistre généralisé, le nouveau président nigérian a pris presqu’un semestre pour auditer son héritage avant de décider de la direction à lui faire prendre. Durant cette période, il s’est personnellement occupé du portefeuille du pétrole dont il vu le prix chuter de 100 USD, lors de son investiture, à 45 USD au moment où il décide de nommer son premier gouvernement.

Il avait juré d’en finir avec Boko Haram

En élisant cet ancien général à la tête du pays avec plus de 53% des suffrages, les Nigérians espéraient également avoir la paix. Durant la campagne, il avait juré d’en finir avec Boko Haram, mais la secte islamiste n’a de cesse de faire des victimes au Nigéria et dans les pays voisins. « Cette situation, calamiteuse au nord-est, a un impact désastreux sur l’image de l’ensemble du pays du fait de la crainte suscitée chez les touristes et les investisseurs qui ne connaissent pas bien le Nigéria », explique Guy Gweth, président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) et fondateur de Knowdys Consulting Group (KCG).

La croissance sera en deçà des 3% en 2015

Auteurs d’une dizaine d’études de marché et plus d’une centaine d’opérations de due diligence au Nigéria, depuis 2007, les analystes de KCG reconnaissent que « malgré les efforts visant à bonifier la gouvernance, à assainir les finances publiques et à améliorer le climat des affaires, Buhari est déjà dos au mur (…) En 2015, la croissance sera en deçà des 3%, affectée par l’hyper-dépendance au pétrole et l’échec de la diversification économique. Ce taux, à titre de rappel, était de 7% en moyenne, en rythme annuel, entre 2005 et 2013. La première mission de son équipe est de rassurer les investisseurs étrangers qu’il y a bien un général aux commandes. »

Le président Buhari s’est donné les moyens

Le président Buhari s’est donné les moyens d’atteindre cet objectif à court terme. « Il n’y a qu’à voir son casting, explique encore Guy Gweth : il a notamment posté le général Muhammad Mansur Dan-Ali à la Défense pour éradiquer Boko Haram ; Kemi Adeosun, ancienne directrice générale de Chapel Hill Denham, aux Finances ; Udo Udoma au Budget et à la Planification, Babatunde Fashola à l’Énergie, aux Travaux publics et au Logement ; Okechukwu Enelamah à l’Industrie, au Commerce et aux Investissements ; et Rotimi Amaechi, aux Transports. En se réservant lui-même le portefeuille du Pétrole, le président a pris le soin de charger Emmanuel Ibe Kachikwu, ancien de Exxon-Mobil Afrique, de la refonte de la NNPC, la grande compagnie pétrolière publique classée parmi les institutions les plus corrompues du pays ».

Il faut impérativement trouver des liquidités

Le monnaie nationale a connu deux dévaluations en un an, passant de 155 nairas pour 1 USD à 199 au 4ème trimestre. Les analystes invitent la Banque centrale à mettre fin aux restrictions sur les devises étrangères décidées au lendemain de l’intronisation de Buhari en vue de conserver les réserves en dollars et enrayer d’empêcher la chute du naira. Un budget de combat doit être voté en décembre prochain au parlement. L’enveloppe de 2016 devrait être le double de 2015, aux environs de 40 milliards USD. Il faut impérativement trouver des liquidités pour renforcer les infrastructures de transports, de communication et d’électricité dans un pays où une ville sombre dans le noir, toutes les 72 heures, en moyenne, d’après Knowdys Database.

La Rédaction

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