Suivez la trajectoire de Printsesy Bako Rambinintsoa grâce à Knowdys Database

[Africa Diligence] Ancienne auditrice chez Mazars, en Allemagne, puis chez Rio Tinto Alcan, en France, Printsesy Bako Rambinintsoa a longtemps résisté à sa passion pour la mode. Descendante du Prince Andriandranando, cette Malgache issue d’une famille tananarivienne qui a habillé l’armée française pendant la colonisation rêve à présent de porter haut la mode africaine. Consultante, elle optimise les performances des créateurs.

Bako Rambini, comme on la nomme couramment dans la communauté de la mode, a grandi en Algérie, en Allemagne et à Madagascar. À Antananarivo, sa famille est connue pour avoir habillé l’armée française pendant la colonisation grâce à un atelier ouvert en 1937. Élevée au milieu des ateliers, elle découvre sa passion pour la couture et la façon artisanale, mais elle tente de lui résister. À l’âge de 17 ans, elle renonce même à la formation de designer/styliste à laquelle elle s’était inscrite à Düsseldorf et décroche une bourse d’excellence du gouvernement français pour suivre des études en école de commerce durant cinq ans. Brillantissime, la jeune leader démarre sa carrière dans l’audit chez Mazars, en Allemagne, puis chez Rio Tinto Alcan à Paris.

Puis, un soir de mai 2008, alors qu’elle est en mission d’audit, à Pékin, elle craque. « En plein entretien, mon dos s’est insurgé contre cet univers macabre, confiera-t-elle plus tard. Il s’est bloqué. Pas moyen de bouger. On m’a transportée à l’hôpital. J’ai passé une heure, peut-être deux, le regard figé sur un plafond blanc, à me poser plein de questions ». Cette épreuve transfigure littéralement la jeune Malgache et la ramène à ses premières amours : la création de mode. Aujourd’hui, Bako Rambini conseille les créateurs de mode, notamment en matière de gestion. Parmi ses principaux faits d’arme : la réalisation, cousue main, du business plan de « Front de Mode », un concept store éthique lancé en 2015 par la créatrice Sakina M’Sa dans la capitale française. Membre de la Jeune Chambre Économique de Paris, et Responsable qualité au sein de la commission Erasmus Entrepreneurs, la princesse qui a accepté de répondre à nos questions promeut aussi les échanges d’entrepreneurs au sein de l’Union européenne.

Africa Diligence : Croyez-vous en l’émergence économique du continent africain ?

Bako Ramnini : Je crois profondément en l’émergence économique de l’Afrique car, à mon sens, il ne peut en être autrement. J’ai toujours perçu le retard de l’Afrique comme une anomalie. Nous avons toutes les ressources minières, agricoles et humaines nécessaires pour prospérer. Mais surtout, au fur et à mesure des rencontres que je fais avec des entrepreneurs africains, je me rends à l’évidence qu’un trend supplémentaire est de plus en plus perceptible : l’Afrique a envie de prendre son envol. L’Afrique bouge. L’Afrique parle et fait entendre sa voix. L’Afrique créé. L’Afrique pèse davantage sur l’échiquier mondial et cela se voit. De plus en plus d’individus ont envie de changer les choses. Et, à mon sens, c’est le facteur essentiel qui relèvera le continent. Quand les gens en ont vraiment envie, rien ne peut les arrêter.

S’il fallait vous aider à contribuer au développement rapide de l’Afrique, quels leviers pourrait-on activer ?

Ma formule consisterait à trouver un mode de développement propre au continent. Il faudrait pousser des initiatives naissantes, inscrire le continent dans le futur en exploitant le plus possible les ressources et les savoir-faire disponibles au niveau local.

Avant tout, il faudrait résoudre le problème énergétique. Au cours des quelques années que j’ai pu passer à Madagascar et dans le cadre des missions d’audit que j’ai pu effectuer en Afrique, je me suis rendu compte du handicap et de la perte de revenus que cela peut représenter. L’électricité est coûteuse et instable, ce qui, pour le moment, limite le potentiel industriel local. À mon sens, ici encore plus qu’ailleurs, il faudrait promouvoir les entreprises locales qui offrent des sources d’énergie alternative issues de ressources qui existent en abondance sur le continent. Je pense notamment à l’énergie solaire, à l’énergie thermique et aux biocombustibles. Il nous faut développer des solutions pour distribuer cette énergie à un coût supportable localement.

Dans un deuxième temps, il faudrait rétablir l’écosystème local. Ces dernières années, les pays étrangers se sont précipités pour acquérir les terres arables en Afrique subsaharienne. Il faudrait rétrocéder ces terres aux agriculteurs et leur permettre de vivre décemment de leur métier, tout en contribuant efficacement à nourrir les populations locales dans de meilleures conditions.

Ensuite, dans les savoir-faire uniques existants, il faudrait promouvoir l’industrie textile. J’ai eu l’occasion de collaborer brièvement avec l’ « Africa Fashion Day Berlin », une plateforme qui met en avant des créateurs issus du continent et de la diaspora africaine. Je me suis aperçu, au cours de cette mission, de la richesse et de l’unicité du point de vue africain sur la mode. Notre continent offre une palette de couleurs ainsi que des volumes inimitables auxquels la clientèle d’aujourd’hui est très sensible. Il faudrait permettre aux locaux d’accéder à des formations pour apprendre à construire des collections cohérentes et de très haut niveau.

Pour finir, il faudrait renforcer les capacités des populations afin qu’elles se réapproprient leur histoire, pansent les blessures de la colonisation – une fois pour toutes – et se rendent compte de l’impact réel qu’ils peuvent avoir sur l’émergence de notre continent. Plus que jamais, je vois une Afrique de gens confiants qui croient en eux et en leur avenir.

Si vous vous retrouviez à la tête de votre pays, dans les 24 heures, quelles seraient vos trois premières décisions ?

Moi Présidente, je suivrai les préconisations faites dans les questions précédentes. Je lancerais un mégaprojet pour développer les sources alternatives d’énergie, je rendrais leurs terres aux agriculteurs, et je structurerais l’industrie textile – entre autres – en proposant des formations de stylisme aux créateurs de mode afin qu’ils visent haut et loin pour une Afrique qui émerge.

Propos recueillis par la Rédaction

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